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DISCOURS DE LA PRESIDENTE DE REGION XIVE CONGRES DES ELUS DEPARTEMENTAUX ET REGIONAUX

Monsieur le Ministre des Outre-Mer, cher Victorin

Mesdames et Messieurs les parlementaires,

Monsieur le Sénateur et Président du Conseil général, cher ami Jacques

Chers collègues conseillers généraux et conseillers régionaux, Mesdames et Messieurs les maires,

Mesdames et Messieurs les invités,

Mesdames et Messieurs, en vos grades et qualités.

Moins de trois mois après notre dernière réunion du 27 décembre 2012, les élus régionaux et départementaux sont donc de nouveau en congrès, à l’initiative du président du Conseil général, pour discuter de l’avenir institutionnel de la Guadeloupe.

Certes, ce n’est pas l’intitulé officiel de ce XIVè Congrès. Il ne semble pas y en avoir, d’ailleurs. Mais le souci - que je peux entendre - de ne pas inquiéter nos compatriotes, ne doit pas pour autant conduire à leur cacher une vérité essentielle, fut-elle dérangeante.

Le peuple, en particulier le nôtre, et singulièrement sur ces questions institutionnelles, a droit à la clarté.

Il exige – à raison – qu’on lui livre la vérité de nos intentions, car il n’a pas son pareil pour débusquer derrière les pensées, ces arrière-pensées que certains élus dissimulent parfois si mal.

C’est au nom de ce devoir de vérité que je souhaite m’exprimer aujourd’hui.

***

Bien sûr, nous parlerons du Projet guadeloupéen de société dont nous avons lancé l’élaboration en 2009.

C’était une belle démarche. Et je remercie Jacques Gillot de l’avoir initiée.

C’était une démarche utile et inédite en matière de démocratie participative qui a généré un très grand nombre de contributions.

La Région y a pris toute sa part.

La contribution « Pour une société de projets » portée en 2011 par Victorin LUREL a symbolisé cette volonté, au-delà de la simple formulation de propositions en matière de politiques publiques, de mettre en débat jusqu’aux principes et aux valeurs appelés à structurer la société guadeloupéenne d’aujourd’hui et de demain.

L’exercice conduit durant de longs mois, a permis, par le travail d’écoute de la population invitée à s’exprimer, de mieux connaître et surtout de mieux comprendre les attentes des citoyens.

Et je suis fière de pouvoir dire que ces attentes exprimées par les Guadeloupéennes et les Guadeloupéens valident à bien des égards les priorités qui sont celles de la majorité régionale et que nous avons portées en 2010 : en particulier l’éducation et la formation, la jeunesse, le développement économique et l’emploi.

Je crois aussi pouvoir dire, à bien y regarder, que c’est la synergie d’action entre les deux collectivités majeures qui est plébiscitée par nos concitoyens qui l’appellent encore de leurs vœux.

Aujourd’hui, après de longs mois de débats, de discussions et de synthèses, le rapport du Groupe de Pilotage du Projet Guadeloupéen de Société représente une somme considérable. Et une question nous est posée : quelle réponse politique ?

Oui, M. le président du Conseil général, cher Jacques, oui chers collègues, ce travail mérite effectivement une réponse politique. Voire plusieurs réponses politiques. Et la première de ces réponses, n’est-elle pas précisément de mettre en œuvre, d’ores et déjà, le fruit de cette concertation inédite de notre population ?

Le mettre en œuvre en reprenant ses préconisations dans nos orientations.

Le mettre en œuvre dans nos priorités budgétaires, mais aussi dans nos futurs plans et schémas prospectifs.

N’y a-t-il pas, dans ce rapport, quelques matières jugées urgentes et prioritaires par les citoyens que nous ne puissions mettre en œuvre tout de suite ?

J’entends bien qu’il faille poursuivre le travail comme cela nous est proposé dans le rapport qui a été communiqué aux élus du congrès. Je l’entends d’autant mieux que nous nous sommes engagés à présenter à la population non seulement les préconisations issues de la concertation, mais aussi le Projet de Société Guadeloupéen en lui-même.

Je demande donc au Président de Congrès en exercice, cher Jacques, de tout mettre en oeuvre pour que nous puissions tenir nos engagements auprès de la population.

Il faudra évidemment mettre en cohérence nos différents schémas directeurs et les préconisations du rapport du Groupe de Pilotage. Il faudra aussi travailler à mieux communiquer vers la jeunesse, à mieux l’écouter et à mieux l’inclure dans nos réflexions. Et il faudra également y intégrer nos problématiques de violence et spécifiquement de violences faites aux femmes.

Il me semble que nous devrions confier ces travaux au Comité Guadeloupéen de Projet, instance en charge d’organiser la concertation en vue de l’élaboration de notre projet de société. Et au delà de cette mission, au regard du travail remarquable effectué par notre Comité Guadeloupéen de Projet, au regard aussi de sa représentativité du corps social guadeloupéen, je vous propose que cette instance demeure un organe permanent de consultation et de concertation que les collectivités pourront solliciter.

Mais à la lecture du rapport qui nous a été transmis, à la lumière de nos débats lors du dernier congrès, sans oublier les déclarations qui ont été nombreuses, y compris au sein de la commission mixte paritaire, j’ai une curieuse impression.

Oui, j’ai la curieuse impression qu’il nous est proposé de poursuivre le travail d’élaboration du projet de société, tout en nous invitant à considérer que seule la question institutionnelle, qui ne figure pourtant pas parmi les priorités des Guadeloupéens, est jugée mûre et prête à être mise en œuvre.

Comme si, finalement, la seule réponse politique que nous ayons à formuler, à ce stade avancé de l’élaboration du projet de société, c’est de changer nos institutions.

Comme si, en réalité, l’objectif de tout ce travail n’était que de relancer un processus de bouleversement institutionnel que les Guadeloupéens ont majoritairement rejeté en 2003.

Et c’est peut être cela qui fonde les divergences qui ont pu s’exprimer entre nous ces dernières semaines et que nous ne devons pas cacher aux Guadeloupéens.

En 2009, au moment où nous lancions l’élaboration du Projet de société, Victorin Lurel disait déjà – il me corrigera si je trahis l’esprit de ses propos – que cette démarche ne devait pas être un prétexte pour rouvrir la question institutionnelle.

Par la suite, notre majorité n’a eu de cesse de rappeler que l’exigence de vérité et de clarté devait conduire les forces politiques à énoncer clairement leurs options institutionnelles, voire statutaires, et à les défendre courageusement devant les électeurs, devant les urnes.

Et, en 2010, c’est précisément ce que nous avons fait, avec Victorin Lurel, mais aussi avec vous, M. le président du Conseil général, qui étiez à nos côtés durant cette campagne. Nous disions, à l‘époque – ce n’est pas si vieux, à peine 3 ans – que la question institutionnelle si elle n’était pas morte, n’était pas la priorité des Guadeloupéens – et elle ne l’est toujours pas.

Nous disions aussi que nous étions attachés à l’article 73 et au droit commun.

Nous disions, enfin, que nous étions favorables à une stabilité de nos institutions sur la durée du mandat que nous sollicitions alors.

Et c’est sur la base de ces engagements que nous avons été élus, quand bien même il existait entre nous des différences de sensibilité sur cette question.

L’exigence de vérité me conduit, là encore, à dire ici qu’il n’y a rien dans la situation d’aujourd’hui qui justifie que nous nous sentions délivrés de l’engagement pris devant les électeurs. Car je rappelle que si nous avons envisagé après 2010 des évolutions, ce n’est qu’en réaction au mauvais projet de réforme des collectivités territoriales qu’avaient initié le président Sarkozy et le gouvernement Fillon.

Nous serions d’infâmes conservateurs, à entendre certains qui nous attaquent parfois violemment. En réalité, nous sommes simplement respectueux des engagements pris devant le peuple.

Pour autant, nous n’avons jamais refusé de discuter et de réfléchir aux voies et moyens de faire mieux fonctionner nos institutions. Car tout est perfectible.

C’est pourquoi nous n’avons pas refusé d’examiner d’éventuelles évolutions des compétences de nos collectivités, même lorsqu’elles nous étaient proposées à la hâte.

Mais je veux dire et répéter qu’il s’agit là de sujets sérieux qui ne peuvent souffrir d’aucune approximation. Car, c’est toujours d’une main tremblante que l’on doit toucher aux institutions, quelles qu’elles soient..

A cet égard, je voudrai exprimer mon malaise sur la méthode et le calendrier.

Vous connaissez  tous l’importance des résolutions  de notre Congrès ; d’une part parce qu’elles définissent, voire engagent, l’avenir de la Guadeloupe et celui de nos enfants, d’autre part parce qu’elles ont vocation à être transmises au Premier Ministre pour lui faire  entendre notre voix.

Pour que ces résolutions soient préparées avec efficacité, et pour faciliter la recherche de consensus, sur une proposition de Victorin LUREL, avait été institué une commission mixte, chargée de préparer sereinement nos travaux.

Pour des sujets de cette importance, faut-il accepter de travailler dans des conditions qui seraient illégales pour le moins du conseil municipal, voire pour l’assemblée générale d’une association ?

Pour l’avenir, la procédure doit être inversée. Le Congrès ne doit être convoqué que si la commission mixte a constaté un consensus sur un projet bien préparé, bien analysé, bien expertisé. Sinon, ces réunions du Congrès seront pire que stériles, contreproductives, et creuseront un fossé entre les Guadeloupéens et leurs élus.

***

Et, s’agissant des compétences de nos collectivités, il faut se garder de formuler hâtivement des propositions de changement sans en avoir mesuré très soigneusement les conséquences.

Et il ne faut pas donner aux institutions des vertus qu’elles n’ont pas.

Elles ne suffisent pas à créer des emplois.

Elles ne créent pas, comme par magie, les conditions favorables au développement.

Elles ne prémunissent en rien contre la vie chère comme l’illustrent la Polynésie ou la Nouvelle-Calédonie qui sont les territoires les plus autonomes de la République et où les prix sont pourtant les plus élevés.

Evidemment, en période de crise les Guadeloupéens estiment qu’il faudrait plus d’emplois, une meilleure santé et plus de pouvoir d’achat. Ils partagent en cela des attentes que l’on recueillerait certainement à l’identique dans d’autres régions de France… sans pour autant que l’on en déduise qu’il faut réformer les institutions et revoir la répartition de leurs compétences.

Que dans les régions d’outre-mer, il faille adapter certains textes, certaines lois ou réglementation, c’est normal. Ce n’est pas une découverte. D’ailleurs cela se fait tous les jours. Le ministre des Outre-mer y veille avec ses services.

Qu’il soit préférable que ces adaptations soient décidées localement, c’est parfois vrai. Je note d’ailleurs à cet égard que la Région Guadeloupe est la seule collectivité d’outre-mer à avoir tiré partie de cette possibilité.

Je considère aussi qu’il faut mesurer, avant toute demande d’habilitation, ce que sa mise en œuvre va coûter à la collectivité.

Je pense aussi qu’il faut se garder de fabriquer ou d’inventer des problèmes là où il n’y en a pas.

Le législateur a plutôt bien fait les choses. La répartition des compétences entre la Région et le Département est plutôt claire, contrairement à ce qui est souvent dit sans être trop étayé. Lorsque, rarement, il y a risque de chevauchement et bien dans le cadre de la synergie, on le gère. Sans qu’il soit nécessaire de tout bouleverser.

En réalité, ces problèmes de chevauchement de compétences sont souvent inventés à dessein par ceux qui veulent démontrer que les institutions ne sont pas adaptées. Et une fois que les institutions auront évolué, les mêmes prétendront très vite que si cela ne va toujours pas c’est parce que le statut, cette fois, n’est pas adapté. Et qu’il faut passer à l’article 74.

De plus, on ne peut prétendre vouloir rester dans le cadre de l’article 73 pour rassurer les Guadeloupéens, respecter en cela les décisions prises unanimement par les élus au Congrès du 27 décembre 2010, et proposer dans le même temps une telle réorganisation par blocs de compétences qui ferait à l’évidence sortir la Guadeloupe de ce cadre.

Je le redis : il faut être honnête avec les Guadeloupéens.

A supposer même que cet exercice de création de blocs de compétences  n’excède pas le cadre de l’article 73, a-t-on bien mesuré le risque qu’il y aurait à se lancer dans une telle réorganisation administrative qui mobiliserait nos services et notre énergie pendant plusieurs années.

Sans vouloir faire offense à nos amis de Guyane et de Martinique, je préfère être au travail sur les fronts de l’emploi, de la jeunesse et du développement économique, plutôt que de passer tout mon temps à régler des problèmes que j’aurai moi-même créés.

Les réponses aux difficultés des Guadeloupéens sont entre nos mains. Elles doivent être pragmatiques et proportionnées aux vrais problèmes.

Il faut des adaptations quand c’est nécessaire. Proposons-les au fil de l’eau, au fil des textes. Les gouvernements en place, quels qu’ils soient, ne les rejetterons pas.

Et s’il faut quelques habilitations quand nous sommes certains de pouvoir mieux faire que les services de l’Etat et que ce ne sera pas trop coûteux , demandons-les !

S’il faut aussi quelques transferts de compétences, formulons-en la demande à l’occasion de l’acte III de la décentralisation...

Nous avons perdu beaucoup de temps pour pouvoir faire des propositions dès le stade du projet. Nous pourrons introduire le cas échéant quelques amendements au cours du débat parlementaire après avoir pris le temps de la réflexion. Ou encore solliciter plus tard l’élaboration de textes spécifiques, nous ne sommes pas pressés.

C’est pourquoi j’ai décidé, s’agissant de la Région Guadeloupe, de solliciter des experts pour nous accompagner dans cette réflexion : Georges Calixte et François Garde.

Et nous avons initié ce travail d’identification et d’évaluation des transferts de compétences que nous pourrions demander. Ce travail n’est pas totalement abouti, car l’évaluation de ces transferts doit être minutieuse afin de ne pas nous mettre en difficulté.

Je vous livre donc quelques pistes, que je suis en train d’approfondir en ce moment. Elles n’auront évidemment pas toutes vocation à faire l’objet d’une demande de transfert de compétence ou d’habilitation, mais j’ai souhaité vous faire part de l’état actuel de mes travaux et de ma réflexion.

Je vous propose de réfléchir aux demandes sue nous pourrions formuler dans le cadre de l’Acte III de la décentralisation.

Nous pourrions envisager de demander que l’Etat transfert à la Région Guadeloupe les compétences suivantes :

- La protection des monuments historiques et des patrimoines immatériels, afin que notre patrimoine culturel soit reconnu localement et donc mieux protégé,

- L’association à l’adaptation des programmes scolaires afin que nos écoles enseignent à nos enfants notre histoire, notre culture, notre géographie, notre musique,

- L’octroi des déductions et dégrèvements en matière d’octroi de mer, afin que nous ayons une meilleure maitrise de nos ressources,

- Le transport maritime inter-îles, afin que les iles du sud puissent enfin bénéficier d’une véritable continuité territoriale,

- Le contrôle de l’installation et du fonctionnement des casinos, cercles, jeux de hasard et loteries, afin de maitriser localement l’implantation de ces établissement,

- etc….

Nous pourrions aussi envisager de demander une habilitation afin que l’exécutif régional représente l’Etat dans toutes les réunions des organisations non politiques de la Caraïbe.

Nous pourrions également demander le transfert de la propriété du domaine public maritime, dans la zone des trois cent mètres, afin que nous ayons la pleine maitrise de notre littoral.

Nous devrions bien sûr clarifier les compétences relatives à la culture et au sport entre les deux collectivités départementale et régionale.

Vous voyez, je ne me suis fermée aucune piste, j’envisage tout ce qui pourrait faire avancer la Guadeloupe. Et évidemment lorsque notre étude sera terminée, nous aurons une liste définitive des demandes que nous formulerons afin d’amender l’Acte de III de la décentralisation.

***

Enfin, chers collègues, s’agissant de la question de la consultation de la population guadeloupéenne sur l’avenir institutionnel de la Guadeloupe, notre position est limpide : Respecter la volonté du peuple guadeloupéen. Aussi à la veille des travaux préparatoires à notre précédent Congrès, la collectivité régionale a tenu à arrêter une position claire, une position qui n’entraîne aucune confusion sur ses intentions.

Avant tout débat, nous avons tenu à montrer notre volonté absolue de rester, en totale concordance avec le mandat que la population nous a donné, et à adopter une position qui ne trahisse pas les engagements que nous avons formulés devant la population, lors de l’élection régionale de 2010. Nous savons, chers collègues, que le peuple qui nous a porté à la tête de la collectivité régionale, ne nous a jamais donné mandat pour sur-interpréter ses aspirations et sa volonté. Aussi la position de la collectivité régionale a toujours été, est et restera toujours aussi proche que possible de la volonté des Guadeloupéens.

Oui, je vous le dis : les questions  institutionnelle et statutaire sont des questions extrêmement sérieuses.

Il s’agit purement et simplement de notre avenir commun au sein de la République, de l’avenir de nos enfants et de nos petits-enfants, de l’avenir de notre territoire, de l’avenir notre pays pour lequel nous œuvrons chaque jour afin que chaque Guadeloupéen ait les moyens de donner vie à ses projets…

Chers collègues, les décisions qui seront éventuellement prises en la matière pourront avoir un impact très fort et très direct sur la vie de nos concitoyens. Nous devons en être conscients. C’est à cela que nous devons penser et non à la satisfaction de nos petits égo d’élus en quête de pouvoirs supplémentaires…

Nous ne devons pas faire de la question institutionnelle un enjeu de pouvoir, ou un objet d’instrumentation politicien. Seul doit nous guider l’intérêt des Guadeloupéens, seule doit nous guider notre volonté d’apporter les solutions les plus adaptées, les mieux étudiées pour intensifier le développement de notre territoire.

Nous devons faire preuve de courage, de responsabilité, mais aussi de prudence et de vigilance.

Oui, le courage d’assumer que la Guadeloupe peut se déterminer librement au sujet de son avenir institutionnel, sans subir les choix de ses voisins martiniquais et guyanais.

Le courage d’assumer que nous avons pris le temps de la réflexion, de la concertation afin précisément de ne pas nous lancer dans une course folle vers une évolution institutionnelle dont nous ne maitriserions ni les tenants, ni les aboutissants.

Car en réalité, la question de la consultation populaire est en soi une fausse problématique. Je suis une démocrate, et évidemment si la population guadeloupéenne devait être consultée, je respecterais ses choix. Cela va de soit. Mais est-ce la priorité ? Notre population qui a déjà exprimé son choix en 2003 et qui, depuis a toujours porté aux responsabilités ceux qui privilégiaient le travail en faveur de l’emploi, du développement, de la jeunesse, nous demande-t-elle l’organisation d’une nouvelle consultation, encore sur le même sujet ? Je n’entends guère cette demande que dans les cercles fermés …

J’aurais souhaité que nous nous présentions face à la population en toute responsabilité. Car la véritable question est là : prendre nos responsabilités face à des questions aussi importantes pour la Guadeloupe. C’est pour cela que nous devons faire preuve de vigilance et de prudence.

Certains parlent de l’évolution institutionnelle comme d’un processus naturel, inéluctable, allant dans le sens de la marche de l’histoire. Une telle posture revient à nier le cas de Mayotte qui a choisi le processus inverse en sortant du statut d’autonomie de l’article 74 afin de revenir au droit commun. Chaque territoire, selon son histoire, ses besoins, ses priorités, doit pouvoir choisir en son âme et conscience ce qui est le mieux pour lui, sans avoir à subir l’oppression d’une pensée unique idéologisée et irrationnelle.

D’autre présentent cette évolution institutionnelle comme une fin en soi : pour eux, évoluer c’est toujours mieux, en somme. C’est mieux que quoi ? Que de travailler à donner des solutions aux jeunes ? Que de travailler à créer des entreprises ? Que de travailler à sauvegarder l’environnement ? Que de travailler à créer des emplois ? Je ne le crois pas ! Ceux-là ont-ils véritablement évalué toutes les conséquences de cette évolution ? L’ont-il pensé ? L’ont-il déduit d’un projet pour la Guadeloupe ? Nous entendons beaucoup de propositions d’évolutions institutionnelles ou statutaires lancées dans nos média comme des leitmotiv, sans que personne ne puisse définir précisément à la population ce qui est demandé.

Alors, je vous réclame, aujourd’hui, chers collègues, lors du débat sur la question de l’évolution institutionnelle : de la clarté et de la responsabilité. Je crois que nous le devons à notre population. Nous aurons répondre à ces trois questions : Quels sont les choix possibles qui s’offrent à la Guadeloupe ? Quelles en sont leurs conséquences ? et quelle est, en toute objectivité, la meilleure option pour notre pays ?

Or, depuis que le IXe Congrès des élus régionaux et départementaux du 28/12/2010 a écarté l’option de l’autonomie et de la spécialité législative de l’article 74 de la Constitution, la question des choix institutionnels envisageables s’inscrit au sein des possibilités offertes par l’article 73.

A ce jour trois options possibles dans le cadre de l’article 73 sont mises en débat : l’assemblée unique, la collectivité unique et le maintien des deux collectivités régionale et départementale.

La solution de l’assemblée unique correspond au maintien des deux collectivités, régionale et départementale. Mais leur administration serait confiée à une seule assemblée d’élus qui délibérerait alternativement en conseil régional ou en conseil général. Cette option concentre, à mon avis, les inconvénients d’une complexification du fonctionnement des deux collectivités, sans pour autant permettre de faire des économies de fonctionnement. Elle avait pu être, un temps envisagée, à un moment où le Gouvernement nous proposait des solutions pire encore !

Les partisans de cette solution nous proposent exactement la même option institutionnelle, à savoir « le projet de création, en Guadeloupe, d'une collectivité territoriale demeurant régie par l'article 73 de la Constitution, (…), et se substituant au département et à la région dans les conditions prévues par cet article ». Et là je me suis simplement contentée de citer les termes de la question de la consultation du 7 décembre 2003, à laquelle la population guadeloupéenne avait répondu NON à 72,98%.

C’est l’option retenue, pour tous les autres, par 15% des Guyanais et 24% des Martiniquais ! Je ne suis vraiment pas certaine que la Guadeloupe soit obligée de suivre cet exemple !

10 ans se sont passés depuis la consultation de 2003, une crise économique a depuis fait des dégâts à travers le monde entier et en Guadeloupe aussi, une crise sociale en 2009 a fait réfléchir les Guadeloupéens sur les véritables intentions des partisans de ces bouleversements statutaire et institutionnels à tous crins. Depuis les Guadeloupéens ont toujours fait le choix de porter aux responsabilités les tenants de la stabilité et du travail, et d’approuver massivement à chaque échéance électorale d’envergure régionale les élus qui avaient pour projet de demeurer dans le droit commun, tout en prenant évidemment les initiatives adéquates pour l’adapter lorsque cela est nécessaire. Je pense notamment aux habilitations « énergie » et « formation professionnelle » que la collectivité régionale a demandées, obtenues et mises en place avec des résultats très concluants pour nos concitoyens.

Cher collègues, cette même collectivité unique, que l’on nous ressort des tiroirs, et dont on vous vante avec ferveur les mérites pourrait n’ être qu’une évolution purement organisationnelle et en aucune façon une évolution politique. Il pourrait s’agir d’une fusion entre le département et la région, rien de plus, rien de moins.

On vous dit que le temps de la responsabilité est venu et que cette collectivité nous donnera les moyens de plus d’obtenir plus de responsabilités. FAUX, fusionner le département et la région n’apporte pas de compétences supplémentaires.

On vous dit que cette collectivité constitue le seul moyen de clarifier les compétences de chacun et d’empêcher les chevauchements de compétences. FAUX, car d’une part ces fameux chevauchements sont très rares et un peu de bonne volonté et de travail en synergie a toujours permis de trouver les ajustements nécessaires sans qu’il soit utile de bouleverser les institutions.

L’acte III de la décentralisation a prévu de les clarifier entre toutes les collectivités en incluant les municipalités et les intercommunalités. L’acte III de la décentralisation va même plus loin que les possibilités de la collectivité unique, car elle propose un organe de concertation entre l’ensemble des collectivités régionale, départementale, communales, et les intercommunalités afin que, sur place, chaque territoire décide quelle collectivité est la plus à même de mener à bien telle ou telle politique publique.

On vous dit que cette collectivité unique nous permettra de faire des économies de fonctionnement en élimant les doublons. Encore FAUX, car pour parler d’économies de fonctionnement encore faut-il savoir si nous partons sur la même base de dotations. Pour être claire, oui nous pourrions peut-être éliminer quelques doublons, mais le volume des dossiers à traiter ne se réduira pas. Cette réduction de notre masse salariale possible en théorie et forcément très modeste sera plus difficile à mettre en œuvre qu’en Martinique et en Guyane car nous avons fait, depuis longtemps, l’effort de titulariser nos agents. Et les non-titulaires qui subsistent seraient donc renvoyés pour cause de collectivité unique, et iraient grossir les rangs, à mon sens, bien trop garnis, de nos chômeurs.

La réalité, chers collègues, c’est que les partisans de la collectivité unique ne nous disent pas que rien ne nous garantit que l’Etat maintiendra à long terme le montant des dotations qu’il dévolue à nos deux collectivités.

Ce que ne vous disent pas les partisans de la collectivité unique c’est qu’il est actuellement prouvé que la mise en place d’une collectivité unique s’accompagne de plusieurs années d’immobilisme, car les énergies des élus et des administratifs seront absorbées par toutes les conséquences administratives et politiques de la fusion des deux collectivités. Demander le à nos voisins ! Je ne suis pas certaine que la Guadeloupe qui attire aujourd’hui davantage les investisseurs et les touristes que les îles qui ont fait le choix de consacrer leur énergie à ces affaires institutionnelles, soit obligée de revenir en arrière simplement pour copier sur ses voisins !

Ce qu’ils ne vous disent pas c’est que la mise en place de la collectivité unique va se superposer à la mise en place l’acte III de la décentralisation et que les bouleversements administratifs et politiques que seront induits par ces deux réformes risquent de nous mettre en grande difficulté. A chaque jour suffit sa peine !

Ce qu’ils ne vous disent pas c’est qu’il est prouvé que l’instabilité institutionnelle provoquée par la mise en place de la collectivité unique fait fuir les investisseurs et s’avère donc préjudiciable au développement économique.

Alors à court d’arguments, on vous assène le dernier sondage.

Enfin et surtout ! Ce qu’ils ne vous disent pas c’est que derrière cette collectivité unique qui se voudrait un simple aménagement administratif se cache en réalité un vrai dessein politique !

Regardez en Martinique ! La création de la collectivité unique a été l’occasion de créer un gouvernement ! Et oui, rien d’autre qu’un gouvernement ! Un exécutif distinct du président de l’assemblée ! Les autonomistes et les indépendantistes n’ont certes pas réussi à imposer le franchissement de leur première étape, l’article 74 ou l’autonomie que la population a refusée mais ils ont imposé, sans consulter la population et à son insu, la création d’un gouvernement qui ne porte pas encore son nom, c’est vrai, mais je fais le pari que dans les prochaines années viendra la revendication d’élus pour que les membres de ce gouvernement portent le titre de ministre ! C’est tellement plus chic quand on va rendre visite aux micro-Etats voisins !

Et en Guyane où pour l’instant l’exécutif reste plus sagement le président de l’assemblée… qui demande aujourd’hui la création d’un exécutif distinct à l’image de la Martinique ? D’un gouvernement en somme ? Les autonomistes et les indépendantistes ! Ne nous y trompons pas, derrière cette réforme présentée comme un ajustement ou comme une simple rationalisation administrative, se cache un autre projet que l’on ne vous dévoile pas ! J’appelle donc à la plus grande vigilance. Quant à moi, la Guadeloupe ne court aucun risque, je n’ai jamais souhaité être la présidente de la République de Guadeloupe ni être ministre .

Depuis 2004, tranquilles dans la République française, nous travaillons et nous nous ne cherchons pas sans cesse à justifier nos difficultés par l’inadaptation des structures, du statut ou des institutions ! Restons au travail ! Ne perdons pas notre temps à ces éternelles introspections institutionnalo-statutaires ! Ne nous laissons pas aveugler, nous élus, par les mirages des titres et des honneurs de pacotille !

Restons donc dans le choix du maintien de nos deux collectivités, le choix du droit commun, qui lui-même va être sensiblement amélioré par l’application de l’acte III de la décentralisation. De nouvelles compétences vont nous être dévolues. Nos services devront être renforcés pour faire face à ces nouvelles responsabilités. Nous-mêmes, nous nous positionnerons comme force de proposition pour apporter des amendements afin de mieux adapter ces transferts à nos priorités. Je vous ai d’ailleurs déjà fait l’exposé de nos pistes de réflexions à ce sujet.

Le droit commun renforcé par l’acte III de la décentralisation nous permettra de clarifier si nécessaire les compétences entre toutes les collectivités, de récupérer de nouvelles compétences plus adaptées à nos besoins, de garantir les dotations de l’Etat en toutes circonstances.

Alors, au regard de tout cela, je pense qu’il est temps de se dire les choses. Je vous le demande donc, quelle urgence pousse certains d’entre nous à réclamer une consultation populaire en vue d’une évolution institutionnelle, sans qu’elle soit adossée à une proposition concrète ?

Comment oserions-nous nous reconnaître que le Projet Guadeloupéen de Société qui n’est pas encore élaboré, comment reconnaître que nous n’en n’avons pas encore déduit le projet institutionnel sur lequel se fonderait une éventuelle demande d’évolution de nos institutions, tout en exigeant une demande de consultation sur cette question détachée de tout projet ?

Comment pourrions-nous voter d’un côté la poursuite du Projet Guadeloupéen de Société -je fais bien entendu allusion à la résolution n°1-, et d’un autre côté en faire fi pour voter une demande précipitée d’une consultation d’évolution institutionnelle.

Et enfin comment pourrions-nous, aujourd’hui, dans la hâte d’un Congrès - disons-le- organisé dans des délais très courts, fixer dans le marbre de la résolution n°2, des demandes de transferts de compétences sans que ces transferts n’aient, à ce jour, fait l’objet d’études précises et d’évaluations minutieuses ?

Chers collègues, chers compatriotes, chers invités, je crois que nous ne devons pas trahir la confiance de nos concitoyens. Nous avons la lourde charge de penser la Guadeloupe de demain, tout en administrant la Guadeloupe d’aujourd’hui. Ce sont de lourdes responsabilités. Soyons donc ambitieux pour la Guadeloupe, soyons optimistes face à l’avenir, soyons combatifs face à l’adversité, mais avant tout soyons exigeants et vigilants dans ce que nous mettons en œuvre pour le devenir de nos enfants.

Aujourd’hui, le choix que nous faisons, que nous avons à faire aujourd’hui est simple : c’est du bon sens, le choix de la préservation des intérêts de la Guadeloupe, le choix de la sagesse, en somme, un choix.

Je vous remercie de m’avoir prêté attention.

DISCOURS DU PRESIDENT DU CONSEIL GENERAL JACQUES GILLOT XIVème Congrès des élus Régionaux et Départementaux

 

 

Madame la Présidente de Région,

Monsieur le Ministre des outremers, Madame le ministre,

Mesdames et messieurs les parlementaires,

Mesdames et messieurs les maires,

Mesdames et messieurs les conseillers régionaux et généraux,

Mesdames et messieurs les présidents de chambres consulaires,

Mes Chers Collègues, Mes chers compatriotes,

Je me réjouis d’ouvrir ce 14ème congrès des élus départementaux et régionaux, consacré à la poursuite de nos travaux sur le Projet Guadeloupéen de Société et à la question des politiques publiques et des institutions que nous voulons pour mieux construire la Guadeloupe demain.

Notre congrès intervient en effet dans un contexte où l’opinion me semble mieux informée et donc mieux à même d’appréhender avec sérénité les enjeux en cause pour exercer son esprit critique sur les propositions mises sur la table.

Nos travaux, sous l’œil vigilant de nos compatriotes, nous invitent donc à faire preuve de pédagogie pour démontrer, plus que jamais, notre aspiration partagée à redonner du sens à la politique.

En clair, mes chers compatriotes, notre ambition à l’occasion de ce Congrès, c’est d’apporter une réponse politique aux préconisations formulées par nombre de Guadeloupéens et qui sont retracées dans le rapport du groupe de pilotage du projet Guadeloupéen de Société présidé par Delile DIMAN et Jacky DAHOMAY.

Ce rapport, que nous avons adopté à l’unanimité lors du dernier congrès, met en effet en perspective les réalités, les défis, et les urgences qui minent le pays, et face auxquels les politiques jusqu’ici mises en œuvre se sont avérées impuissantes.

Apporter une réponse politique mes chers collègues, c’est donc aller au bout de la démarche, et travailler sans parti pris idéologique, mais avec le sens du pays, sur les moyens qui doivent garantir la mise en œuvre efficiente de ces politiques publiques.

Voilà mes chers collègues, l’enjeu cardinal auquel nous convoque ce 14ème Congrès :

Partir du constat partagé pour nous mettre d’accord sur les politiques à mettre en œuvre en réponse aux préoccupations prioritaires des guadeloupéens et à la nécessité d’enclencher, dans la responsabilité, une nouvelle dynamique de développement privilégiant l’entreprise, l’emploi, l’éducation, la solidarité, et l’insertion dans notre environnement caribéen.

Cet enjeu cardinal nous conduit à vérifier qu’au-delà de la volonté politique nous disposons réellement des moyens d’agir en terme de compétences et de pouvoir de décision, là ou l’efficacité exige la proximité et l’adaptation des règles aux réalités du territoire.

Sans arrière pensée, et sans tabou, il s’agit enfin pour nous de faire en sorte que l’action publique locale gagne en efficacité, en cohérence et en lisibilité, en mettant en place des institutions rénovées qui feraient l’objet d’une organisation différenciée, tout en continuant de relever de l’art 73 de la constitution.

Et dans tous les cas de figure, compte tenu du caractère fondamental de cette question, il nous faudra nécessairement la soumettre à l’arbitrage du juge de paix qu’est le peuple par le biais d’une consultation référendaire.

Nous aurons donc en conformité avec les textes à préciser les modalités de cette consultation.

Mes chers collègues, globalement, les politiques publiques à mettre en œuvre pour faire avancer la Guadeloupe ne sont pas sources de clivages au sein de cette assemblée. Et je m’en réjouis.

Ce qui fait débat, c’est le niveau auquel doivent être décidées  contrôlées et évaluées ces politiques, ce sont les pouvoirs appelés à être territorialisés et c’est enfin le cadre juridique et institutionnel de l’action publique territoriale.

Il convient à cet égard de rappeler que l’acte III de la décentralisation tel que transmis au Conseil d’Etat, avant son examen au Sénat début avril, prévoit la possibilité d’adapter les règles et l’organisation aux réalités des territoires, pour renforcer l’efficacité de l’action publique et la responsabilité locales.

Or, mes chers collègues, nous dressons tous le constat que l’organisation actuelle dans notre région monodépartementale est source de dispersion, de doublons, et parfois d’incohérence.

Alors, sans préjuger du sort de ce projet de loi qu’il nous appartient d’enrichir de nos propositions, pourquoi ne pas innover et  tenter de rationnaliser l’action publique locale en choisissant l’une des options offertes par l’article 73 de la constitution, sous réserve bien entendu du consentement de la population ?

Très sincèrement mes chers collègues, je pense qu’il est important pour la crédibilité du congrès, et celle des élus, de ne pas piéger le débat dans le choix des mots et des formules, pour aller à l’essentiel.

Et l’essentiel c’est de rationaliser nos institutions pour être plus efficaces et mieux optimiser les acquis de notre appartenance à la République et à l’Union Européenne.

Je veux donc tous vous appeler, mes chers collègues,  à entrer dans ce congrès et dans le débat auquel il nous appelle, avec le sens du pays, et du compromis, avec en particulier l’ambition de redonner de l’espoir aux jeunes.

Il faut en effet, que les jeunes entendent clairement que c’est d’abord pour eux et pour leur avenir que nous travaillons, qu’ils entendent qu’un projet pour la Guadeloupe n’a de sens que s’ils sont prêts à s’y impliquer.

C’est à ce titre que nous avons besoin de leur feedback et que nous entendrons tout à l’heure deux jeunes qui nous feront part de leur vécu et nous aideront ainsi à mieux bâtir la démarche de concertation spécifique que je vous proposerai d’initier avec la jeunesse guadeloupéenne.

Oui mes chers collègues, nous devons prendre conscience que l’enjeu maintenant, c’est d’agir pour rassembler notre pays autour d’un projet qui le remettrait en mouvement, constituerait un progrès significatif dans notre vie publique locale et empêcherait un délitement devant lequel nous serions impuissants.

Notre société, telle une igname brisée empêchée de croitre selon son destin, a subi de profondes mutations laissant le pas à l’individualisme, à l’hyper consommation, au chômage, et tout compte fait au déni de nous-mêmes.

L’heure est donc venue de répondre ensemble à l’urgente question de faire peuple, mes chers compatriotes. Pas un appendice mais un peuple !

En posant cette grave question je vois une partie de la jeunesse désemparée, déboussolée, qui crie fort justement qu’elle est fatiguée de piétiner en vain à la porte de l’avenir.

J’entends aussi les aînés, tout aussi désemparés, tout aussi déboussolés, confrontés non seulement à la solitude des temps mais aussi au désarroi d’une société qui va  à vau-l’eau.

L’insécurité rôde, la violence montre des dents, le respect  s’effrite, la production se meurt ne nous laissant plus que les armes empoisonnées de la consommation.

S’agissant en particulier de la violence et de l’insécurité, je veux ici réaffirmer qu’elle est l’expression des diverses pathologies sociales dont souffre notre société.

La violence est partout, mes chers compatriotes. Elle ne nous est pas extérieure. Elle nous ronge de l’intérieur et détruit peu à peu ce qui fait de nous une société.

Elle n’est pas l’objet d’une malédiction qui viendrait d’ailleurs, et s’abattrait sur nous sans que nous en soyons responsables.

La violence nous concerne tous, en tants qu’élus et en tant que citoyens. Et sur ce point je veux affirmer ma profonde conviction qu’il n’y a pas de fatalité à la violence et à l’insécurité !

Trop longtemps, nous avons été confrontés au face-à-face, terrible et absurde entre un discours de droite exclusivement répressif, insistant sur le châtiment contre les délinquants, et un discours de gauche qui trop souvent versait dans l’explication des causes de la violence sans jamais en condamner les auteurs.

Coincés entre le marteau de la menace et l’enclume de l’excuse, nous avons surtout favorisé la politique de l’autruche sur les questions de violence et d’insécurité.

Mes chers compatriotes, plus que jamais face à la spirale de la violence et de l’insécurité, l’heure n’est plus aux excuses, mais aux résultats !

En d’autres termes, nous devons assumer aux côtés de l’Etat une lutte sans concession contre la violence et la délinquance et dans le même temps mener le combat tout aussi fondamental pour la réduction des inégalités qui fondent et motivent la violence.

Nous devons donc trouver les moyens d’identifier les causes de ce mal qui nous ronge jusqu’à pousser certains de nos compatriotes à exprimer de la violence contre nos femmes, nos sœurs, nos filles, nos voisines.

Aucune excuse ne peut être trouvée à la violence exercée contre les femmes et les inégalités dont elles sont victimes !

Ces violences-là déshonorent la Guadeloupe et minent notre corps social, c’est pourquoi je milite pour qu’une politique spécifique soit mise en place pour lutter contre les violences faites aux femmes, aux côtés de la justice, des services de l’Etat, des associations et des militantes de la cause féminine.

Cela impose un changement de mentalité, y compris dans la vie quotidienne, car c’est le rapport homme-femme qu’il faut interroger.

Cela demande de revaloriser l’image de la femme, avec notamment le concours des médias ! (dont je veux saluer la présence nombreuse ici)

Et cela implique, plus généralement, sans sombrer dans le féminisme, de combattre toutes les formes d’inégalité entre les sexes.

Oui mes chers collègues, la société guadeloupéenne connait un profond délitement de ses valeurs !

Nous sommes les héritiers involontaires d’une histoire douloureuse, enfants non désirés de deux parents indignes, l’esclavage et la colonisation.

Mais notre identité fondée sur les valeurs de solidarité et d’entraide a été minée par la modernité et l’irruption médiatique des ailleurs au fil des décennies.

Et notre territoire est désormais confronté à des enjeux que nos politiques publiques peinent à satisfaire.

Mes chers collègues, face à cette situation, nous devons donc accepter de mûrir, et d’œuvrer à être plus forts collectivement pour que les collectivités publiques contribuent à apporter des réponses plus efficaces aux maux de notre société.

Alors diront certains, il y  a une solution ! La solution c’est l’Acte III de la décentralisation !

Pour ma part, sans faire injure à quiconque, je crois fondamentalement qu’une application pure et simple de ce projet de loi à nos territoires n’est pas la solution.

Et en disant cela, je voudrais tordre le cou à cette volonté d’opposer acte III de la décentralisation et évolution institutionnelle !!

Rien ne serait en effet plus néfaste pour nous que d’entretenir une rivalité stérile entre l’Acte III de la décentralisation et la nécessité de faire évoluer nos institutions, mes chers collègues !

Au contraire, c’est en définissant clairement ce que nous voulons pour la Guadeloupe et en enrichissant l’acte III de nos propositions que nous ferons preuve de clairvoyance et de responsabilité.

Oui, il nous appartient de souscrire à ce nouveau pacte social, sans peur, sans témérité, mais avec l’audace des bâtisseurs.

Il nous faut dresser l’inventaire du passé douloureux, du présent inconfortable et habiter la verticalité future.

Il nous faut surtout vaincre nos rivalités pour nous asseoir, toutes et tous autour de la table pour élaborer l’architecture de notre destinée commune à la faveur de la conjoncture historique qui s’offre à nous mes chers collègues !!

Profitons d’avoir un Président de la République qui est à notre écoute et que nous avons majoritairement soutenu ici !

Profitons de la forte représentation des outremers au sein du Gouvernement et de la force de persuasion de notre collègue et Ministre des outremers Victorin LUREL !

Profitons de ce contexte historique pour dire ce que nous voulons pour notre pays sans attendre que Paris ne décide à notre place !

C’est d’ailleurs cette démarche de responsabilité que la grande majorité d’entre nous, au sein du socle de la gauche, a mise à profit pour enrichir le programme du candidat François HOLLANDE.

Et cette démarche a été guidée par notre profonde conviction, pour paraphraser un grand homme martiniquais «  que les meilleurs spécialistes des problèmes de l’outremer sont les ultramarins eux mêmes » !

Il doit donc en être de même pour l’acte III de la décentralisation, mes chers compatriotes !

Ce projet de loi présente certes des avancées indéniables en terme de démocratie, mais nous devons avoir le courage et l’honnêteté de reconnaitre qu’il n’a pas été conçu pour la Guadeloupe !

Au plan national, l’Assemblée des Départements de France comme l’Association des Régions de France et l’Association des Maires de France elles mêmes militent pour que le texte prenne davantage en compte la réalité de chacune de ces collectivités.

En Guadeloupe, nous devons donc reconnaitre que la Conférence Territoriale de l’Action Publique ne suffira pas à résoudre les problèmes d’enchevêtrement des compétences qui minent notre région monodépartementale,

Nous devons regretter que le texte n’ait prévu qu’un seul maire pour assurer la représentation de tout l’outremer au sein du Haut Conseil des territoires placé auprès du Premier Ministre,

Nous devons observer l’insuffisante place laissée aux communes et aux intercommunalités dans la nouvelle organisation proposée,

Nous devons faire en sorte que la Région Guadeloupe qui a beaucoup œuvré pour le tourisme et la réduction de la fracture numérique ne se voit dépossédée de ces compétences au profit du département,

Et dans le même temps, nous devons œuvrer à la stabilisation des dotations destinées au financement par le département du Revenu de Solidarité Active, de l’Allocation Personnalisée d’Autonomie et de la Prestation de Compensation du Handicap.

Je veux donc réaffirmer qu’il n’y a pas concurrence entre deux projets et encore moins entre deux personnalités politiques quelles qu’elles soient !

La vérité c’est qu’on ne choisit pas un projet pour plaire à tel ou tel… On le choisit, en son âme et conscience, pour répondre aux intérêts de son pays.

En l’occurrence, la démarche que nous prônons dans le cadre de l’acte III tout autant que celle que nous proposons en termes d’évolution institutionnelle sont toutes deux nécessaires pour le pays.

A cet égard, mes chers collègues, vous me permettrez de saisir l’opportunité de cet instant particulièrement solennel pour couper court à la rumeur selon laquelle mon engagement sur la question institutionnelle serait uniquement guidé par l’intérêt personnel.

Je sais que certains croient que la politique c’est de parler tout le temps et sur tous les sujets !

Je sais aussi que certains considèrent que je ne suis pas suffisamment présent sur les médias, comme si l’action publique devait se résumer au faire savoir et non au savoir faire.

Et bien vous me permettrez de faire violence à ma propre nature pour vous livrer des sentiments personnels ce matin :

Ma vision de la politique c’est que l’on ne doit pas parler simplement pour faire du bruit, mais plutôt lorsqu’on a quelque chose d’utile et de constructif à dire !

Ma conviction profonde c’est que les plus grandes valeurs en politique sont l’humilité et la simplicité !

Etre humble et simple, c’est de ne pas en permanence faire attention uniquement à soi, à son image, à son exposition médiatique !

Etre humble et simple, c’est de n’avoir rien à prouver, c’est de ne pas chercher à paraître, c’est fuir la petitesse d’esprit et les fausses grandeurs qui ne servent qu’à flatter son ego.

Etre humble et simple mes chers compatriotes, c’est vous avouer avec solennité et en toute sincérité que je ne briguerai aucun mandat d’exécutif en 2015, ni au Département, ni à la Région ni même à une éventuelle Assemblée ou Collectivité Unique !!!

Non, je ne briguerai pas de mandat d’exécutif, mais cela ne m’empêchera pas de poursuivre le combat politique mes chers compatriotes!

Cela ne m’empêchera pas de continuer à faire valoir mon amour du Gosier et de défendre farouchement le bilan de Jean Pierre DUPONT!

Cela ne m’empêchera pas de défendre ma profonde conviction que la Guadeloupe peut espérer un avenir meilleur pour peu que les élus parviennent à s’entendre sur l’avenir du pays en cherchant toujours à apporter les meilleures réponses aux préoccupations de nos compatriotes.

Vous l’aurez compris mes chers compatriotes, je suis profondément convaincu que les hommes passent et que les institutions demeurent !

Je ne livre aucun match, je ne revendique aucun duel !

J’essaie tout simplement de faire progresser l’idée d’une Guadeloupe meilleure dans le cadre d’une prise de responsabilités conforme à notre temps.

Je ne vous propose pas « la voie aventureuse de l’indépendance », mais celle d’une collectivité unique régie par l’article 73 et rassemblant les compétences de la région et du département et bénéficiant de transferts de compétences de l’Etat dans certains domaines ciblés.

Je vous propose simplement d’être pragmatiques et, comme d’autres territoires, de chercher avec détermination à éviter les dispersions, les distorsions, les contorsions et les enchevêtrements de compétences pour assurer un avenir viable et solidaire à la Guadeloupe.

Oui mes chers collègues, il nous faut tordre le cou à toutes ces contrevérités qui relèvent de l’obscurantisme !

Il nous faut mettre un terme à la politique de la peur, pour ne pas dire à la politique du ventre, qui est toujours mise au service d’intérêts bassement politiciens et électoralistes !

Il nous faut œuvrer à démontrer que les guadeloupéens ne sont pas des faibles d’esprit que l’on peut à chaque fois balloter de gauche à droite pour les éloigner de la voie de la responsabilité et de la verticalité !

Oui mes chers compatriotes,

Il nous faut combattre pied à pied les idées défendues par celles et ceux qui n’ont pour seul horizon politique que la conservation de rentes de situations, qui sont tout simplement attachés à la préservation de quelques postes électifs !

Il nous faut militer pour redonner du sens à la politique et redonner espoir à tous ces guadeloupéens déçus qui se réfugient dans l’abstentionnisme !

Il nous faut tout simplement œuvrer à la décolonisation des esprits pour démontrer que la Guadeloupe peut et doit se penser par elle-même sans que quiconque ne craigne une quelconque prise de distance avec la République.

Oui mes chers collègues,

Le moment est venu de réduire les abîmes qui nous séparent en faisant preuve de courage et d’intelligence politique !

L’heure est à l’audace, dans le respect des principes et des règles de la République, pour bâtir une solidarité durable, juste et totale!

Alors oui, comme le disait Nelson MANDELA, « le temps est venu de panser nos blessures ».

L’heure est venue de libérer notre peuple de cet esclavage mental qui nous empêche d’emprunter la route des avancées.

En cela, nous comprenons bien qu'il n'y a pas de voie facile vers la responsabilité, et que nul d'entre nous agissant seul ne pourra obtenir la réussite.

C’est d’ailleurs notre collègue Victorin Lurel lui même qui disait de la Guadeloupe qu’elle est un peuple, une nation sans Etat.

Nous devons donc agir ensemble en tant que peuple uni, car le  chemin qui mène à la responsabilité passe par nécessairement par l’unité.

Je dis bien l’unité et non  l’unanimisme mes chers collègues, car à ce moment décisif, il est naturel que nous rencontrions les difficultés et les douleurs de l'enfantement d’une nouvelle Guadeloupe.

Ensemble, nous pouvons sortir par le haut de la période des projets, des négociations et des textes ; et faire de ces nouvelles institutions d’une Guadeloupe unie, une réalité vivante.

Si nous attendons pour agir que toutes les questions aient trouvé leurs réponses, nous n'agirons jamais, nous n'atteindrons jamais la certitude attendue et nous serons entraînés par les événements que nous aurons renoncé à orienter.

Alors mes chers compatriotes,

Soyons résolus à agir pour bâtir cette unité sous le regard vigilant de l’auguste Achille René Boisneuf, motivés les uns et les autres par la loi de la vérité et de l’amour du pays, par le respect réciproque et non par des considérations bassement politiciennes,

Et construisons ensemble un avenir nouveau pour ce Péyi Guadeloupe auquel nous proclamons chaque jour notre amour passionné !

Je vous remercie de votre attention.

 

DISCOURS DU PRESIDENT DU CONSEIL GENERAL JACQUES GILLOT

 

Madame la présidente en exercice du congrès et présidente du conseil régional, chère Josette,

Monsieur le ministre des outremers, cher Toto, merci de ta présence qui confirme l’intérêt que tu portes à ce dossier,

Mesdames et messieurs les parlementaires,

Mesdames et messieurs les conseillers régionaux et généraux,

Mesdames et messieurs les représentants de la société civile,

Mesdames et messieurs,

Mes chers compatriotes,

Ma chère Josette, j’aurais presque pu m’abstenir de me faire mon discours tant je me retrouve dans une grande partie des mots que tu viens de prononcer…

Mais il y a quand même quelques nuances, et je sais que tu ne m’en voudras pas de les exprimer à travers ce discours…

Mes chers collègues,

Nous nous réunissons afin de débattre d’un sujet qui occupe notre attention depuis plusieurs années, je veux parler du Projet Guadeloupéen de Société.

Un sujet qui a parfois donné lieu à des échanges très vifs entre les élus, s’agissant d’une question étroitement liée à la gouvernance de nos institutions.

Il est normal dans une démocratie que les opinions s’affrontent, parfois même durement, c’est le signe que chacun d’entre nous aime profondément la Guadeloupe et se soucie de son avenir.

Mais je crois que le congrès des élus départementaux et régionaux constitue précisément cette instance de débat et de travail propice à l’émergence d’un consensus qui, certes réponde à nos convictions politiques, mais par dessus tout garde le cap des intérêts de la Guadeloupe.

Oui mes chers collègues, notre congrès plutôt qu’une succession de longs discours, doit résolument servir à redonner du sens à la politique en démontrant qu’elle n’est pas une compétition d’ego ou le domaine réservé de certains intérêts particuliers.

Le sens de la politique, c’est d’œuvrer à refonder les bases d’une société désormais bloquée, cloisonnée, où l’avenir devient un risque davantage qu’une chance pour la jeunesse.

Le sens de la politique c’est de donner à chaque guadeloupéen, quelle que soit son origine ou sa naissance, l’égale opportunité d’accéder au savoir, à l’éducation et à l’emploi.

Le sens de la politique, c’est de faire émerger une Guadeloupe forte de son identité créole, qui demeure ouverte au reste du monde sans subir l’irruption médiatique des ailleurs.

Le sens de la politique, le sens de mon engagement, mes chers collègues, c’est de contribuer à bâtir une Guadeloupe où tout un chacun mesure le sens du mot responsabilité et le traduit dans les actes qu’il pose au quotidien.

Responsabilité de l’élu, car celui qui esquive ses responsabilités ne mérite pas d’être aux responsabilités !

Responsabilité du citoyen dont le rôle ne doit pas s’arrêter au bulletin de vote pour se demander ensuite ce que font les pouvoirs publics, mais plutôt ce que NOUS pouvons faire ensemble,

Responsabilité des leaders d’opinion et des média qui doivent contribuer à élever la conscience populaire en bannissant l’obscurantisme et la mésinformation,

Responsabilité de la société civile, des acteurs économiques, et de toutes les forces vives qui participent au dynamisme du territoire,

Responsabilité des acteurs culturels, des artistes et des intellectuels dont l’action militante doit contribuer à conforter les fondements de notre identité.

Voilà le sens de notre action. Voilà ce que la politique doit être.

La démocratie peut être bruyante, désordonnée et compliquée, car chacun d’entre nous a des opinions, des croyances profondes.

Et quand les temps sont durs, quand notre pays doit prendre de grandes décisions, cela attise nécessairement les passions, cela entraîne des controverses.

Naturellement, ce n’est pas notre congrès qui mettra un terme à ces controverses qui sont la marque de notre vitalité démocratique, lorsqu’à l’horizon du monde, des peuples luttent encore pour le simple droit de s’exprimer sur les questions qui conditionnent l’avenir de leur pays.

Mais sans vouloir choquer quiconque, mes chers collègues, je crois devoir affirmer ici qu’en notre qualité d’élus nous ne pouvons choisir l’option de l’immobilisme, de la peur ou de la surdité.

C’est cette peur du changement qui de reports en renoncements, de rendez-vous manqués en changements de position, a trop longtemps donné à nos concitoyens le sentiment qu’en voulant laisser du temps au temps, nous ne faisions au final que « tourner en rond ».

Alors oui, contre vents et marées, contre les conservatismes et pour vaincre les peurs, il nous appartient de réaffirmer aujourd’hui que notre volonté de changement est intacte !

C’est pourquoi je considère que cette réunion du congrès nous assigne un double mandat mes chers collègues.

Le premier, c’est d’aller jusqu’au bout de la démarche que nous avons nous mêmes initiée le 24 juin 2009 en décidant à l’unanimité de l’élaboration d’un Projet Guadeloupéen de Société prenant appui sur les attentes de nos concitoyens afin de préfigurer l’évolution de nos institutions.

Le second mandat de notre congrès c’est à mes yeux d’apporter des réponses concrètes aux attentes nombreuses et légitimes de nos concitoyens dans la conduite des politiques publiques.

Cet exercice s’avère d’autant plus ardu qu’il intervient dans un contexte ou la crise économique, le chômage et les exclusions de toutes sortes complotent à creuser encore davantage le fossé entre les guadeloupéens et leurs institutions.

Et cette question de confiance, puisque c’est de cela qu’il s’agit, s’inscrit donc au cœur de ce double mandat qui convoque à la fois responsabilité et cohérence politique.

Il ne s’agit pas d’improviser un chemin insolite, mais  de tenir ensemble un cap en nous posant la seule question qui vaille : voulons-nous encore et toujours moderniser les institutions de notre territoire pour mieux servir les préoccupations des guadeloupéens?

La loi d’orientation pour l’outremer indique clairement les compétences dévolues au congrès : «  traiter des propositions d’évolution institutionnelle, des répartitions de compétences entre collectivités et des transferts de compétences de l’Etat vers ces collectivités ».

Le bon sens et la cohérence politique nous commandent donc d’évacuer d’emblée la question de l’opportunité d’un débat sur l’évolution de nos institutions à l’occasion de ce congrès, qui ne saurait connaître nul mandat prescriptif.

Et c’est cette même cohérence politique qui nous impose de poursuivre la voie que nous avons nous mêmes tracée sans discontinuer depuis le congrès du 24 juin 2009 :

· En juin 2009 nous avons sollicité un délai de 18 mois pour mettre en œuvre la méthode destinée à recueillir les contributions du plus grand nombre de nos concitoyens sur l’avenir de la Guadeloupe avec un volet consacré à la question de la gouvernance

· Entre septembre et décembre 2010, avec le Président LUREL, nous avons parcouru l’ensemble des communes de la  Guadeloupe pour échanger avec nos concitoyens sur les différents scénarii possibles en terme d’évolution de nos institutions

· Lors du congrès du 28 décembre 2010, nous nous sommes levés comme un seul homme pour rejeter le projet de réforme territoriale présenté par Nicolas SARKOZY, que nous avons qualifié de « loufoquerie », et nous avons opté pour la création d’une assemblée unique régie par l’article 73 de la constitution, dont nous avons même défini le mode de scrutin et le nombre d’élus,

· Le 06 janvier 2011, c’est ce projet d’évolution de nos institutions que les exécutifs et parlementaires guadeloupéens ont présenté au président de la République à l’Elysée, qui nous a entendus et encouragés à poursuivre l’élaboration du Projet Guadeloupéen de Société,

· Et c’est dans ce contexte que nous avons confié mission à deux représentants de la société civile au sein du comité guadeloupéen de projet, Delile DIMAN ANTENOR assistée de Jacky DAHOMAY, en sorte de dynamiser le débat dans les communes et poursuivre le recueil des contributions.

Nul ne peut donc nier que depuis 2009 la volonté constante et majoritaire des élus a toujours été de considérer que le choix institutionnel ne devait pas nous être imposé par Paris mais au contraire voulu et pensé par le peuple guadeloupéen !!

Plus de 36 mois après le congrès du 24 juin 2009, j’ose donc affirmer mes chers collègues que ni les pièges de la crise, ni les changements de majorité, ni les caprices des sondages ne sauraient étouffer notre volonté réformatrice !

Bien au contraire, alors que certains voudraient nous voir temporiser, rompre et nous renier, nous avons le devoir de renforcer notre détermination, mes chers collègues !

Le progrès est une longue marche qui exige ténacité et vérité, et quand on a la profonde conviction de servir l’intérêt général, on sait que l’incompréhension d’un jour peut devenir l’estime du lendemain.

Tous ces objectifs, tous ces défis, exigent donc cette cohérence et ce courage politiques que nous devons mettre à profit pour aller au bout de la démarche entamée le 24 juin 2009.

Le 10 décembre dernier, Mme Delile DIMAN ANTENOR nous a remis le rapport du comité de pilotage chargé de l’animation des débats communaux dans le cadre de l’élaboration du Projet Guadeloupéen de Société.

Et je voudrais profiter de notre congrès pour rendre un vibrant hommage à son action ainsi qu’à celle de Jacky DAHOMAY et de ces dizaines de bénévoles qui se sont mobilisés sans compter leur temps pour donner vie à cette belle aventure avec le soutien des collectivités.

Saluer également le travail de fourmi réalisé par le Cabinet MARAGNES pour collecter le matériau et produire un rapport d’un grande lisibilité, pour peu qu’on prenne le temps de l’appréhender dans son ensemble et non d’en tirer les enseignements à même de servir telle ou telle cause inavouée.

Mes chers collègues, nous disposons désormais d’un document fiable issu d’une phase de concertation de plus de 36 mois avec le peuple guadeloupéen au travers de plus de 150 débats communaux, une centaine de contributions écrites sur le site internet dédié et une trentaine de contributions écrites transmises à nos assemblées.

Et même si nous pouvons regretter que le nombre des participants n’ait pas toujours été au rendez-vous des débats communaux, nul ne peut nier l’immense qualité des contributions de ceux qui ont participé à la démarche.

A travers ce document, la Guadeloupe a exprimé un certain malaise résultant de frustrations réelles, oscillant souvent entre désarroi et fierté culturelle.

Au final, ce rapport fournit de riches enseignements et trace les grandes lignes d’un ressenti, d’une vision et même d’un vouloir populaire.

Trois séries d’enseignements essentiellement :

Tout d’abord que la société Guadeloupéenne traverse une profonde crise des valeurs et des institutions qui en sont le fondement, je veux parler de la famille, de l’école, de l’éducation et de notre identité au sens large du terme.

Le rapport confirme que nous sommes confrontés à une forte demande de cohésion sociale qui cible particulièrement la restauration de la famille et l’école.

Je comprends alors que l’accent soit mis sur les valeurs de solidarité, d’identité, de citoyenneté qui constituent le ciment du vivre ensemble.

La cohésion sociale n’est ni un gadget ni une lubie, elle est le rempart contre les délitements, les tiraillements et les effondrements pressentis.

Là encore, les mots prononcés par les participants ne sont pas que des mots. Ils sont les fusées éclairantes qui nous indiquent la voie à suivre.

Ensuite, les guadeloupéens qui ont participé au projet pointent du doigt le fait que les politiques publiques ne sont pas mises en œuvre de façon suffisamment cohérente et efficiente, avec lisibilité, hauteur de vues et en prenant suffisamment appui sur les valeurs d’entraide, de solidarité, et par-dessus tout de citoyenneté partagées.

Le développement économique demeure la revendication prioritaire, et si ce n’est pas une surprise il faut se souvenir du fait qu’une économie n’est pas une fatalité arbitraire.

Toute économie est le résultat d’une organisation, d’un système dépendant de nos choix et de nos valeurs.

Or nous dressons tous le constat d’une Guadeloupe qui souffre de n’être qu’un comptoir où se déversent des marchandises importées.

Nous voyons tous combien nos concitoyens aspirent à davantage de production locale, à davantage de pouvoir économique, à plus de responsabilité.

C’est une des causes de la crise sociétale évoquée par l’ensemble des participants.

La marchandise ne l’oublions pas n’est pas neutre. Au contraire, elle véhicule une manière d’être et une manière de vivre qui font parfois grincer les rouages de notre société.

Ce constat, précisément, loin de nous accabler, devrait nous stimuler et nous inciter à retenir les préconisations positives venant du peuple.

Enfin sur la question de la gouvernance, même si cette question ne figure pas au rang de leurs priorités, les guadeloupéens comptent beaucoup sur les élus et sur les pouvoirs publics pour améliorer les conditions de mise en œuvre des politiques publiques sur notre territoire.

Et ce qui fait sens, c’est la recherche d’une cohérence, l’exigence d’une rationalisation, le besoin d’une lisibilité renforcée des politiques publiques.

Ceci est d’autant plus manifeste que, d’une manière générale, les citoyens méconnaissent les institutions et estiment que certains débats ayant trait au changement institutionnel sont confisqués par les élus.

Les contributeurs en appellent ainsi à la réhabilitation de la Politique qui doit « remettre l’intérêt général au cœur de la gouvernance locale ».

Mais, mes chers collègues, comment imaginer rationnaliser et redonner de la cohérence à la mise en œuvre de nos politiques publiques sans questionner l’organisation de nos institutions ?

Et bien je pense que c’est précisément à nous élus qui sommes au cœur de l’action publique locale et qui en vivons les limites,

C’est à nous qu’il appartient de faire preuve de pédagogie pour démontrer à nos concitoyens que la question des institutions est étroitement liée à la satisfaction de leurs espérances.

Et nous le savons mes chers collègues, les exemples concrets sont légion pour étayer une telle démonstration :

Le sort de nos chômeurs nous mobilise inlassablement, mais comment envisager prendre à bras le corps de façon efficiente la question de l’emploi auquel aspirent ces dizaines de milliers de jeunes guadeloupéens lorsque les politiques ayant trait à l’emploi, à l’insertion et à la formation professionnelle sont gérés par trois chefs de file différents ?

Comment prétendre créer les conditions d’un développement durable lorsque les compétences en termes  de développement économique, d’aménagement du territoire, de transport ou de maitrise du foncier sont partagées entre les deux collectivités majeures ?

Comment répondre aux impératifs de la structuration des filières de traitement des déchets de toutes natures lorsque le département assume la compétence du cadre normatif pour les déchets ménagers et la région celui des déchets industriels ?

Comment développer une véritable économie de la culture et contribuer à renforcer notre identité créole lorsque l’exercice de cette compétence est écartelé entre plusieurs collectivités ?

Comment mettre un terme à cette situation qui conduit à ce que les manifestations culturelles se concurrencent les unes les autres, comme en ce mois de décembre, alors qu’une meilleure coordination permettrait d’élaborer un véritable modèle économique vecteur d’attractivité touristique et donc d’activité.

Autre exemple, pour parler de l’option prise par la Martinique et la Guyane, même si nous avons toujours dit que ce ne sont ni Paris, ni Fort de France ni Cayenne qui dicteront l’avenir institutionnel de la Guadeloupe :

Depuis plusieurs mois, les assemblées régionales de ces territoires ont entrepris avec celle de Guadeloupe un travail fondamental de concertation et d’action commune, notamment dans le domaine du développement économique.

Cependant, avec la création d’une collectivité unique à compter de 2015, on peut aisément considérer qu’en dépit des difficultés de démarrage, la Martinique et la Guyane auront entamé le processus de rationalisation et de maitrise renforcée des politiques publiques mises en œuvre sur leurs territoires.

Comment ne pas se poser la question des bases sur lesquelles la Guadeloupe serait désormais en mesure de dialoguer avec la Martinique et la Guyane si nous ne créons pas les conditions d’une meilleure administration de nos politiques publiques ?

Et nous pourrions multiplier les exemples à l’envi, car nous sommes témoins au quotidien des dysfonctionnements qu’entraine l’enchevêtrement des compétences dans une région mono-départementale.

Bien sûr qu’à la faveur de la synergie entre les collectivités régionale et départementale nous mettons tout en œuvre pour diminuer ces effets néfastes !

Mais devrons nous toujours compter sur l’amitié et la sagesse de Victorin Lurel, de Josette Borel et de votre serviteur pour assurer la cohérence minimale des politiques conduites sur notre territoire ?

Pourrons nous, encore longtemps, nous reposer sur la quête de cohérence des hommes alors que, précisément, la mise en œuvre des politiques publiques requiert une stabilité et une lisibilité qui doivent être inscrites dans la matrice de nos institutions.

Non mes chers collègues, même si les hommes ont leur part de responsabilité dans la conduite des politiques publiques, l’avènement d’une nouvelle Guadeloupe appelle davantage de cohérence structurelle de nos institutions.

Et c’est précisément cet enjeu cardinal qui convoque notre capacité collective à apporter des réponses concrètes sans attendre passivement qu’elles nous viennent de l’hexagone !

Les choses sont donc on ne peut plus claires mes chers collègues :

Il est impensable de questionner la mise en œuvre des politiques publiques selon des modalités renouvelées sans interroger dans le même temps l’organisation de nos institutions !

On ne peut parler d’efficience des politiques publiques sans se poser la question du mode de gouvernance des institutions qui en assument la charge !

En un mot, on ne peut évoquer le contenu sans débattre du contenant !

Nous devons surtout constituer une véritable force de propositions dans ce dossier en définissant clairement ce que nous voulons pour la Guadeloupe !

Et nous devons donner à notre ministre des outremers Victorin LUREL les arguments qui lui permettront, avec la force de conviction qui est la sienne, de gagner les arbitrages nécessaires lors de la finalisation du projet de loi relatif à l’acte 3 de la décentralisation !

L’objectif est clair, mes chers collègues : il s’agit de faire en sorte que ce nous voulons pour notre pays soit pris en compte plutôt que de subir, comme trop souvent, les conséquences de décisions prises par d’autres.

C’est bien ce que nous reprochions au projet de réforme territoriale porté par le Président Sarkozy, et c’est la raison pour laquelle nous l’avons rejeté en faisant une contre proposition qui s’inscrit clairement dans le droit commun de l’article 73 rénové de la constitution.

Et j’irai même plus loin mes chers collègues !!

Je crois qu’au delà des échanges que nous aurons aujourd’hui, il est de notre responsabilité d’interroger le peuple guadeloupéen sur ce qu’il souhaite vraiment en termes d’évolution de ses institutions.

Oui, la question des institutions doit être mise en perspective par les élus pour traduire ce mieux de politiques publiques que réclament nos concitoyens.

Mais elle doit surtout donner lieu à un débat franc, loyal et constructif qui ne soit pas l’apanage des seuls élus, mais qui associe au contraire la société civile en bannissant les arguments de la peur qui sont d’un autre temps.

Oui mes chers collègues, je le redis avec force à la tribune de notre congrès :

C’est aux élus et aux partis politiques qu’il appartient de proposer des options s’agissant de l’avenir de la Guadeloupe, mais c’est au peuple qu’il appartient de trancher en toute responsabilité !!

Et c’est pourquoi je vous propose de nous prononcer officiellement aujourd’hui sur l’organisation d’une consultation référendaire sur la question de nos institutions avant la fin de l’année 2013.

J’entends par là mes chers collègues, que du fait de multiples facteurs, l’heure est venue de rénover nos institutions.

Contre les inerties réfrigérantes, les peurs paralysantes, les surdités coupables, les rivalités meurtrières, l’avenir c’est une nouvelle Guadeloupe portée sur les fonds baptismaux d’une large consultation populaire.

Et nous pouvons là encore servir dès aujourd’hui le deuxième objectif assigné à notre congrès, celui des réponses concrètes qu’il convient d’apporter aux préoccupations des guadeloupéens.

Même si nous pourrions chercher à enrichir encore le rapport, nous avons suffisamment d’éléments à ce stade pour définir des blocs de compétences cohérents auxquels viendront s’ajouter les propositions d’extensions ou de transferts de compétences et les demandes d’habilitation dont la Guadeloupe a besoin pour répondre à ses priorités et à ses spécificités.

Et cette cohérence des politiques publiques pourrait de fait s’appliquer à toutes les options qui pourraient être soumises à l’avis de la population à l’occasion de la consultation référendaire,

Qu’il s’agisse de la création d’une collectivité unique régie par l’article 73 de la constitution, de la création d’une assemblée unique commune aux deux collectivités régionale et départementale, ou du maintien des deux assemblées,

C’est en effet le même volontarisme qui doit guider notre volonté de faire émerger des blocs de compétences cohérents en termes de politiques publiques.

C’est le sens du combat mené par de nombreux élus, dont je fais partie, pour la mise en œuvre de structures uniques de gestion de l’eau, de l’électricité et des déchets.

C’est cette même quête de davantage de cohérence qui doit nous guider pour l’ensemble des politiques publiques en Guadeloupe avec de nouvelles institutions sollicitant des transferts de compétences de l’Etat.

Et c’est précisément le sens du projet de résolution qui vous sera présenté et qui pourrait constituer une base de travail afin de rechercher un consensus sur cette question des politiques publiques.

Vous l’aurez compris mes chers collègues, j’attends de nos travaux que nous sachions concentrer nos efforts autour du choix politique que nous devons assumer collectivement.

Ce choix, c’est celui du courage politique, au nom des solidarités de demain, au nom des familles qui s’agrandissent, au nom de l’avenir que nous écrivons aujourd’hui.

Le choix du courage politique c’est d’être fort de ses convictions mais savoir tendre la main à l’autre dans l’intérêt du pays.

C’est le choix résolu du mouvement, du travail, de la rénovation sociale, de la reconnaissance des talents pour dégager des perspectives nouvelles.

Inscrire sa destinée dans un destin commun, donner à son pays autant que l’on reçoit de lui, transmettre à nos enfants un peu plus que ce que nos parents nous ont légué, c’est là l’esprit de la refondation à laquelle nous devons procéder.

Notre volonté de rehausser les valeurs qui fondent notre vivre ensemble reste intacte, et c’est toute une chaîne de responsabilité, de civisme, de respect mutuel que nous devons œuvrer ensemble à retendre.

L’Histoire dira si nous avons réussi, mais mes chers collègues, une chose est sure, nous ne pouvons pas nous permettre de l’entendre dire: « Ils n’ont rien fait !».

Cesser d’avancer, ce serait oublier ce que nous avons fait et ce qu’il nous reste à faire.

Or, nous devons pouvoir regarder nos concitoyens dans les yeux, parce que nous aurons été fidèles à nos engagements.

Nous devons les convaincre que le courage d’une évolution de nos institutions est plus protecteur que la quiétude de l'inaction.

Non, mes chers collègues, le changement n’emprunte pas toujours une route toute droite.

Il n’y a pas de raccourci, et ce n’est pas toujours un long fleuve tranquille.

Mais une chose est sure : le statu quo est impossible et rien ne pourra se substituer au minutieux travail d’élaboration des consensus et des compromis nécessaires pour faire avancer ce pays.

Oui, cette trajectoire vertueuse exige une mobilisation sans faille !

Une mobilisation des élus et des partis politiques, bien sûr, mais aussi une mobilisation des citoyens, de la société civile, pour ne pas dire de l’opinion publique.

Au moment de conclure mon intervention, je souhaite vous confier qu’en dépit de toutes les épreuves que nous avons traversées, je n’ai jamais eu autant d’espoir pour l’avenir.

Je n’ai jamais eu autant d’espoir pour la Guadeloupe.

Je ne parle pas d’un optimisme aveugle, qui feindrait d’ignorer les obstacles qui se dressent sur notre route.

Je ne parle pas d’un idéalisme rêveur, mais de cette conviction chevillée au corps que quelque chose de mieux nous attend pourvu que nous ayons le courage de démontrer que nous sommes plus grands que la somme de nos ambitions individuelles.

Je crois en la Guadeloupe ! Je crois en son histoire !

J’ai foi dans le peuple guadeloupéen !

C’est pourquoi, je demeure convaincu que nous avons choisi la bonne voie : celle de la démocratie participative car l’avenir de la Guadeloupe ne doit pas se résumer à celui de Présidents de collectivités majeures, d’un  gouvernement ou d’un parti !

Le changement est certes difficile, mais nous savons qu’il est possible, mes chers collègues.

Ensemble, prenons donc la résolution de faire en sorte qu’il soit défini par nos espoirs et non pas par nos peurs.

Ensemble, créons maintenant les conditions du changement, mais que ce changement, par-dessus tout, soit durable et profitable à chaque Guadeloupéen.

Je vous remercie.

 

DISCOURS DE LA PRESIDENTE DE REGION XIIIE CONGRES DES ELUS DEPARTEMENTAUX ET REGIOANUX

Monsieur le Ministre des Outre-Mer, cher Victorin LUREL,

Mesdames et Messieurs les parlementaires,

Monsieur le Sénateur et Président du Conseil général, cher Jacques GILLOT,

Chers collègues conseillers généraux et conseillers régionaux, Mesdames et Messieurs les maires,

Mesdames et Messieurs les invités,

Mesdames et Messieurs, en vos grades et qualités.

Chers collègues, c’est en de pareilles occasions, que nous exprimons et que nous éprouvons, qu’un élu est, avant toutes choses, au service de son peuple, à l’écoute de ceux qui lui ont prodigué confiance et qui lui ont donné mandat pour agir en faveur du bien commun et de l’intérêt général.

Oui, en ces temps de fêtes, où chacun pense à se retrouver en famille, entouré des siens, notre devoir d’élu nous appelle, en ce jour, aux fins de recueillir la parole donnée à la population sur ses aspirations pour la Guadeloupe et d’en déduire les premières conclusions politiques, au sujet notamment, de notre gouvernance.

Je tiens donc à vous remercier, chers collègues, chers invités, d’avoir, en cette période de fin d’année, fait l’effort de vous rendre disponibles pour cette XIIIe réunion du Congrès des élus départementaux et régionaux. Cette présence nombreuse témoigne du grand esprit de responsabilité que nous partageons tous et que je tiens ici, à saluer.

Je veux également remercier l’ensemble des médias présents ce matin, car ils ont déployé d’importants moyens pour retransmettre nos travaux en direct. Grâce à eux, un très grand nombre de nos concitoyens pourra suivre nos débats et je profite de l’occasion qu’ils me donnent pour souhaiter à toutes et à tous, à la Guadeloupe toute entière, de bonnes fêtes en formulant d’ores et déjà mes meilleurs vœux pour l’année 2013.

Aujourd’hui, chers collègues, nous voici donc réunis, aux fins d’entamer les travaux de ce XIIIe Congrès des élus départementaux et régionaux consacrés à l’élaboration du Projet Guadeloupéen de Société et des conséquences relatives à notre gouvernance à envisager. Même si nous avions d’ores et déjà prévu de traiter de la question de la gouvernance, car elle est une partie intégrante du débat sur le Projet Guadeloupéen de Société, dans un souci de calmer toutes les inquiétudes et de conserver la sérénité de nos travaux, la majorité régionale m’a demandé de vous proposer de rajouter à l’ordre du jour un point spécifique sur la question institutionnelle. Nous en avons débattu et cette proposition vient d’être acceptée par les membres du Congrès.

Ainsi nos travaux se dérouleront donc en deux phases :

-en premier lieu : nous travaillerons sur le rapport du groupe de pilotage du Comité Guadeloupéen de Projet qui nous sera présenté. Nous en débattrons puis nous aurons à nous prononcer sur son approbation ;

-ensuite, en second lieu : nous aborderons les questions relatives à notre gouvernance, afin que les différentes sensibilités puissent s’exprimer en toute liberté et en toute sérénité.

Vous l’aurez compris, ce Congrès ne se réunit pas à la hâte, ni dans la précipitation et encore moins dans l’improvisation. Nous vivons aujourd’hui l’une des dernières étapes du processus entamé le 24 juin 2009, au Conseil général, lors de notre VIIIe Congrès, que nous avions consacré à la méthode d’élaboration du Projet Guadeloupéen de Société, tandis que s’esquissaient les contours d’une réforme des collectivités territoriales voulue par le précédent président de la République.

Aujourd’hui, grâce au jeu de l’alternance, notre nouveau président de la République, a pris le temps d’entendre réellement les attentes et les besoins des premiers concernés par cette réforme, à savoir les élus locaux, pour tirer un trait définitif sur le « conseiller territorial » et nous proposer, à la place, d’entamer un nouvel Acte de la décentralisation.

C’est donc dans ce contexte d’un calendrier contraint par l’élaboration du projet de loi initiant cet Acte III de la décentralisation, que nous, élus guadeloupéens, nous nous devions de nous concerter, afin de nous positionner clairement et de porter la voix du peuple guadeloupéen dans le cadre de ce processus de décentralisation, qui quoi qu’on en dise, aura un impact sur nos institutions. Le statut quo n’étant plus possible, les choses inévitablement seront amenées à changer. Alors que veulent les Guadeloupéens ? Telle est la question !

Car tout l’enjeu de ce congrès consacré au Projet Guadeloupéen de Société est bien là ! Demeurer à l’écoute des Guadeloupéens, et ne pas trahir ce qu’ils nous ont livré au cours de ces 30 mois de concertation.

Oui chers collègues, nous ne sommes pas démunis pour porter cette parole des Guadeloupéens, puisqu’en initiant la démarche du Projet Guadeloupéen de Société, en juin 2009, la Guadeloupe s’était lancée un formidable défi ! Il s’agissait pour l’ensemble de la classe politique guadeloupéenne de donner la parole au peuple de Guadeloupe, afin qu’il s’exprime librement sur ses aspirations, ses priorités et ses ambitions pour la Guadeloupe de demain.

Tout au long de ces 30 derniers mois, nous avons donc fait vivre une agora citoyenne, au cœur de laquelle chaque Guadeloupéen a été invité à penser, à proposer, à débattre, à échanger autour de cette question centrale : Quel projet pour la société guadeloupéenne ?

Cette démarche inédite de concertation arrive, ce jour, à une étape importante : celle de la restitution de tout ce qui a été dit, de toutes les contributions qui ont été mises en partage. C’est donc avec une certaine confiance, forts de cette parole restituée, que nous aborderons la deuxième phase de nos travaux, de ce jour, entièrement dédiée à la question de notre gouvernance et de notre positionnement quant à l’élaboration de l’Acte III de la décentralisation.

Mais, avant d’y venir et de vous livrer mon sentiment sur la question, je tiens, tout particulièrement, à remercier tous ceux qui ont rendu possible l’élaboration de cette première étape du Projet Guadeloupéen de Société.

Je tiens à remercier avant toutes choses, la population guadeloupéenne, sans qui toute cette phase de concertation n’aurait pas pu voir le jour. Cette population nous a fait confiance, en nous livrant ses aspirations, ses ambitions et ses propositions… Nous nous devons d’être dignes de cette confiance, en respectant la parole de nos concitoyens. Nous devons savoir écouter et rendre ce qui nous a été confié, en faisant preuve de sagesse et de pondération dans les décisions que nous aurons à prendre aujourd’hui.

Je tiens aussi à rendre un vibrant hommage à la force d’engagement et d’implication des membres de l’instance qui a permis le recueil de cette expression populaire, à savoir notre Comité Guadeloupéen de Projet et son groupe de pilotage animé par Delile DIMAN-ANTENOR et Jacky DAHOMAY. Ils ont mené avec conviction une mission ô combien difficile : susciter et faire vivre un débat continu, d’avril à août 2012, sur des questions aussi fondamentales que celles de la fraternité, de la transmission, de l’éducation, de l’identité, de la vie économique et sociale, et de la citoyenneté. Malgré les obstacles, malgré les sources nombreuses de découragement, ils ont su trouver les ressources pour donner de leur temps, de leur énergie, parfois dans des conditions assez difficiles, afin que ces débats puissent avoir lieu, durant cinq mois d’affilée, dans chaque commune de notre territoire. Leur engagement a permis à chaque Guadeloupéen d’avoir la possibilité de s’exprimer librement, depuis son environnement le plus proche.

A ces cinq mois de débat sur les valeurs, se rajoutent quatre autres mois de débats continus, menés, eux aussi, dans toutes les communes de Guadeloupe, et exclusivement consacrés à la question institutionnelle d’août à novembre 2010.

Aussi, lors de ces 30 mois de concertation, nous avons recueilli près 43 contributions écrites, 134 propositions internet, et ce n’est pas moins de 3000 personnes qui ont participé personnellement à l’ensemble des débats communaux. Concernant la seule question de la gouvernance, qui intéressera spécifiquement la deuxième phase de nos travaux d’aujourd’hui, c’est plus de 1500 guadeloupéens, qui se sont déplacés, pour donner leur avis expressément sur la question institutionnelle.

On imagine donc, le travail colossal qu’il a fallu effectuer pour restituer l’ensemble de ces conclusions. Je tiens donc à féliciter l’assistant technique, Antony MARAGNES, pour tout le travail de synthèse qu’il a eu à abattre, afin de nous permettre d’appréhender tout ce qui a pu être dit, tout au long de cette concertation. Je sais que sa mission n’a pas été simple, mais qu’il a toujours tâché de ne jamais trahir ses engagements initiaux.

Je souhaite enfin saluer la synergie qui anime les relations entre nos deux collectivités régionale et départementale, sans laquelle cette démarche participative n’aurait jamais eu lieu.

Initiée par le Conseil Général, lors de notre VIIIe Congrès, l’élaboration de ce Projet Guadeloupéen de Société constitue encore une belle illustration de notre capacité à travailler ensemble. Chacun d’entre nous, à sa manière a apporté sa pierre à l’édifice, et la collectivité régionale a même pris sa plume afin de proposer sa vision et son ambition pour la Guadeloupe à travers sa contribution « Pour une Société de Projets ». Ainsi, ensemble, collectivités départementale et régionale, nous avons su, tout au long de ces mois de collaboration, apporter notre contribution respective, selon et avec les valeurs que nous portons. Merci, cher Jacques GILLOT, cher président, pour ce travail collectif, je crois que tu peux être fier du résultat final.

Aujourd’hui, donc, chers collègues, nous nous retrouvons à une phase essentielle de nos travaux, celle de la restitution aux élus, du rapport de synthèse des débats et contributions qui ont emmaillé et enrichi tout ce processus de démocratie participative. Nous aurons donc à le commenter, à le discuter, à éventuellement l’amender et à l’adopter afin de présenter à la population guadeloupéenne le rendu final de la phase de concertation du Projet Guadeloupéen de Société, … de notre Projet Guadeloupéen de Société.

Et même si, ce projet pèche, il faut l’avouer, par une participation relative des Guadeloupéens, les 3 000 qui se sont déplacés ont dit ce que nous pensons tous, ce que pensent les Guadeloupéens, il n’en demeure pas moins qu’il constitue un document de travail exceptionnel pour les politiques que nous sommes, de par son extrême richesse et la diversité des propositions qui y sont contenues.

Le document qui vous est présenté ce matin, mérite assurément des compléments, notamment sur les aspirations spécifiques de notre jeunesse, ou sur les questions d’insécurité et de violence. Il faudra par ailleurs, l’enrichir de l’ensemble des schémas directeurs dont nous disposons. Il faudra en étudier l’ensemble des propositions, afin d’évaluer leur pertinence, leur faisabilité, et leur coût. Il nous appartiendra aussi de voir comment les intégrer dans les projets que nous initions au quotidien pour le développement de la Guadeloupe.

Mais de tout cela nous en rediscuterons lors de la 1ère phase des travaux de ce XIIIe Congrès.

Comme je vous le disais, au-delà de l’approbation du rapport de synthèse du groupe de pilotage du Projet Guadeloupéen de Société, nous aurons, ce matin, nous élus, la lourde responsabilité de déduire de cette concertation, les nécessaires conséquences politiques, singulièrement les conséquences relatives à notre gouvernance.

Sur cette question sensible, nous aurons à entendre et puis à porter la voix des Guadeloupéens, afin que la volonté de notre peuple soit notre seul et unique phare. Nous sommes là, aujourd’hui, dans l’exercice de l’excellence démocratique, le peuple doit être notre miroir.

Aussi à la veille des travaux préparatoires à ce Congrès, la collectivité régionale a tenu à arrêter une position claire, une position qui n’entraîne aucune confusion sur ses intentions.

Avant tout débat, nous avons tenu à montrer notre volonté absolue de rester, en totale concordance avec le mandat que la population nous a donné, et à adopter une position qui ne trahisse pas les engagements que nous avons formulés devant la population, lors de l’élection régionale de 2010.

Nous savons, chers collègues, que le peuple qui nous a porté à la tête de cette collectivité, ne nous a jamais donné mandat pour devancer ses aspirations et sa volonté.

Aussi la position de la collectivité régionale a toujours été, est et restera toujours aussi proche que possible de la volonté des Guadeloupéens. Tel que le disait Césaire, en son temps, notre crédo demeure : “UN PAS DEVANT LE PEUPLE, JAMAIS DEUX”.

Chers collègues, à cette volonté de respecter notre mandat, se rajoute notre respect de la parole exprimée lors des 30 mois de concertation.

Je vous le disais, nous avons durant, plus de quatre mois, sillonné l’ensemble des communes de Guadeloupe, et entendu plus de 1500 de nos concitoyens exclusivement sur la question institutionnelle.

Et le rapport du groupe de pilotage qui vous est soumis aujourd’hui est on ne peut plus clair. Il nous indique d’une part que (et là je cite le rapport) :

« La question des institutions ne semble pas prioritaire pour le citoyen. Evoquer un changement en la matière, c’est susciter parfois de la confusion, le plus souvent de la méfiance. Et il n’a été observé que peu d’auto-saisine, hors de la sphère politique, de ce sujet, dans le processus d’élaboration du projet : se dégage clairement des débats citoyens la perception que les changements institutionnels n’ont qu’un impact limité sur le développement de la Guadeloupe et sur la vie quotidienne des citoyens. »

Plus loin dans les annexes du rapport, la conclusion de la synthèse des débats spécifiques à la question institutionnelle, expose (je cite) :

« Il n’est pas surprenant, dans cette optique, que l’évocation d’une évolution institutionnelle génère de la prudence dans certains cas, de la distance dans d’autres. Il n’y a pas d’engouement notable pour l’une des options proposées. Davantage, bien que les comités ne puissent prétendre refléter l’électorat guadeloupéen, l’on pourrait avancer qu’en l’état actuel des discussions, tout projet de réforme institutionnelle qui serait soumis à une consultation populaire risquerait d’être sanctionné négativement. »

Les conclusions de cette concertation que nous, les élus de Guadeloupe, avons courageusement initiés doivent nous interpeller.

Et ce d’autant plus que nous avons demandé au gouvernement, un temps de réflexion, afin de concerter notre population. A l’heure de la restitution de la parole du peuple, nous devons, chers collègues, savoir écouter, même si ce que est dit peut ne pas aller dans le sens des convictions des uns et des autres…

Nous devons savoir entendre que la question institutionnelle, ne constitue pas la priorité pour les Guadeloupéens.

Nous devons savoir entendre que notre peuple veut des réponses concrètes et immédiates :

-aux conséquences de la crise,

-au chômage de nos jeunes qui atteint des niveaux inacceptables,

-aux taux de violence et d’insécurité qui deviennent de plus en plus préoccupants,

-à notre pouvoir d’achat qui s’amenuise et aux prix qui ne cessent d’augmenter,

-aux enjeux de développement économique par le renforcement de notre production locale, de notre capacité à innover, de notre attractivité touristique, etc…

-à la précarité et la pauvreté qui commencent à questionner sérieusement nos traditions de cohésion sociale,

-aux défis de la transition énergétiques que nous devons effectuer, etc…

Chers collègues, nous savons qu’en ce moment même, le Gouvernement est en train de mettre en place ce nouvel Acte de la décentralisation. L’avant projet de loi confirme le rôle majeur que les régions seront amener à jouer. Nous nous verrons doter de l’ensemble des attributions de l’Etat en matière:

-de formation professionnelle,

-de mise en cohérence des politiques de l'emploi au niveau territorial,

-des politiques d'aide et de soutien aux PME,

-et de gestion des fonds structurels.

Ici, en Guadeloupe, nous avons évidemment besoin de mieux soutenir nos PME, de mieux encadrer la formation professionnelle, de mieux adapter les politiques de l’emploi à notre situation… Et c’est exactement ce que la loi de décentralisation, en cours d’élaboration semble mettre en oeuvre.

Mais au delà, la Guadeloupe a ses besoins propres, ses difficultés spécifiques, et ses réponses idoines, je pense que nous devons donc aller plus loin, et adapter ce que nous propose cette loi de décentralisation, afin d’avoir les moyens de traiter correctement nos problématiques :

-d’insertion professionnelle de nos jeunes,

-de renforcement de notre tissu économique,

-de structuration de nos filières sportives,

-d’adaptation de nos ressources fiscales,

-de nos difficultés structurelles liées à la double voire triple insularité des îles du Sud, ect…

Bref, je suis convaincue que nous devons nous ériger en véritable force de propositions, afin de demander les compétences et les habilitations législatives nécessaires pour répondre à nos priorités et à nos besoins.

Dans le cadre de cette démarche, la Région Guadeloupe a déjà un savoir-faire que nous devons exploiter. Notre collectivité est en pointe en matière d’adaptation et de production normative locale. Nous sommes la 1ere et la seule région à avoir expérimenté la procédure d’habilitation normative dans le cadre de l’article 73 de la Constitution. Ainsi nous avons obtenu des habilitations en matière de formation professionnelle et de transition énergétique, et nous sommes en train de les mener à bien avec des résultats très concluants.

A telle enseigne qu’au regard des résultats de notre expérimentation, il a été décidé de généraliser à l’ensemble des régions françaises les procédures d’habilitations normatives dans le cadre de l’Acte III de la décentralisation.

C’est pour toutes ces raisons, que concernant la question de la gouvernance, notre assemblée régionale a tenu à se positionner dans le cadre du processus de l’Acte III de la décentralisation. Elle a donc voté, à l’unanimité, lors de notre dernière Plénière, la motion suivante :

« Au cours des débats relatifs à la gouvernance menés à l’occasion du ce congrès, la position de la collectivité régionale s’inscrira dans le cadre de la loi de décentralisation en cours d’élaboration, en réservant la possibilité aux membres du congrès de proposer des adaptations pour mieux répondre aux priorités du développement de notre territoire.  »

Mais cette simple prise de position, n’avait d’autres ambitions que de prendre l’opinion publique à témoin du respect de nos engagements envers nos concitoyens et de la parole exprimée lors des débats autour du Projet Guadeloupéens de Société.

Je tiens à rassurer tous ceux qui ont émis des craintes quant à la liberté des débats lors de ce Congrès. La parole ne sera ni contrainte, ni encadrée, ni confisquée. Nous ferons, comme à notre habitude, comme lors de nos cinq derniers Congrès -qui, je le précise, ont été organisé par notre collectivité, nous respecterons la voix de chacun. Car le Congrès est un lieu de démocratie où la parole est libre. Personne n’a ni le pouvoir, ni l’intention de la confisquer…et nous ferons mentir ce qui est écrit aujourd’hui le Congrès de la discorde.

La même liberté a été de mise lors des travaux préparatoires à ce Congrès, chacun a pu s’exprimer librement durant nos travaux et auprès des médias. Toutes les tendances présentes ont eu la possibilité de faire entendre leurs convictions. Et lors de ces réunions préparatoires, force est de constater qu’aucun consensus n’a pu être trouvé sur la question institutionnelle.

Ainsi après de nombreux échanges, la Fédération Socialiste et le PPDG, sont tombés d’accord sur une proposition qui sera soumise aujourd’hui, à notre congrès. Il s’agit d’élaborer collectivement nos propres demandes de renforcement de compétences et d’habilitations dont nous aurons besoin, afin de répondre à nos priorités.

Evidemment ces demandes d’adaptions auront vocation à être intégrées à la loi de décentralisation, afin que la volonté des Guadeloupéens soient prise en compte, directement dans la phase d’élaboration de cette décentralisation annoncée.

Le GUSR s’est, quant à lui, clairement exprimé pour une collectivité unique. Et lors de la dernière Plénière du Conseil Général, le Président GILLOT, a annoncé d’ailleurs une consultation populaire à ce sujet, avant la fin de l’année 2013.

A mon sens, ce Congrès est pour nous l’occasion de trouver des solutions intelligentes et pertinentes face à ses différentes positions. Devons-nous adapter le droit commun à nos besoins et à nos priorités ou devons-nous carrément nous prononcer pour une collectivité unique et nous lancer vers une évolution institutionnelle ? La prudence et le respect de la démocratie doivent nous faire nous retourner vers notre peuple. C’est au peuple Guadeloupéen de trancher cette question et de la trancher directement.

C’est pour cela, chers collègues, que je vous proposerai de mettre en place une consultation populaire, mais non pas sur la seule question de la collectivité unique.

Je vous demanderai de vous prononcer sur la mise en place d’une consultation populaire véritablement démocratique, où nous demanderons aux Guadeloupéens de se prononcer sur toutes les options possibles dans le cadre de l’article 73 de notre Constitution, à savoir :

-le droit commun adapté à nos attentes et besoins,

-la collectivité unique,

-voire d’autres options possible si nécessaire…

Voilà le contenu de la proposition de la majorité régionale, chers collègues, qui relève de nos valeurs de prudence et du respect de la parole du peuple !

Encore une fois, il n’y aura aucun sujet tabou, toutes les questions soulevées aujourd’hui relatives à notre gouvernance seront évidemment traitées. Nous sommes là pour çà…

Comme vous le voyez, nous avons une feuille de route chargée, et des questions essentielles pour notre avenir seront mises discussion lors de ce XIIIe Congrès.

Chers collègues, chers invités, je crois intimement que l’on ne peut atteindre que les rêves que l’on s’autorise à faire. Plus les rêves sont grands, plus leur concrétisation a de chance d’aboutir à grandes réalisations. Soyons ambitieux pour la Guadeloupe, soyons optimistes face à l’avenir, soyons combatifs face à l’adversité, soyons exigeants dans ce que nous mettons en œuvre pour le devenir de nos enfants.

Il est fondamental que l’objectif à atteindre se réfère directement à l’amélioration du quotidien de chacun, en présentant des plans clairs pour le futur. Comme le disait Confucius, ce serait un manque de courage que de voir ce qui est juste, et de ne pas le faire…

Nous avons l’énergie et le cœur qu’il faut pour que la Guadeloupe de demain constitue une véritable société de projets, une société au sein de laquelle chacun a les moyens de mettre en œuvre ses rêves, ses ambitions et ses projets. Il ne nous reste plus qu’à la bâtir ensemble !

Merci de m’avoir écoutée.

A l’ARTCHIPEL, en avant-première, « La chose dévastée »

Une scène nationale a parmi ses missions celle de produire des spectacles vivants.

C’est dans le cadre de cette mission que l’ARTCHIPEL a présenté en avant-première le 26 octobre  « La chose dévastée » une pièce adaptée et mise en scène par Alain VERSPAN  à partir d’un texte de Patrick RILCY.

Ce spectacle a été entièrement créé à l’ARTCHIPEL en 3 semaines de résidence en septembre/octobre avec l’aide du conseil général, de la DAC et du conseil régional.

Cette pièce est une œuvre allégorique qui s’inscrit dans la mémoire collective de l’archipel. La scène se déroule sur un lieu unique, le parvis d’une église. Jorus, faiseur de pluie et guérisseur comme il en existait avant la christianisation des africains déportés rencontre Angèle, pécheresse désespérée ne trouvant pas la paix de son âme souillée devant la Vierge. Elle porte en elle le fruit de sa rencontre éphémère avec un homme qui a disparu sans se soucier d’elle. La rencontre d’ANGELE avec le bon JORUS ramènera à son cœur la poésie et la joie. Elle sera en revanche fatale pour JORUS qui s’est éloigné de ses valeurs en s’alliant avec le CHRIST pour sauver ANGELE et sombre dans l’alcool et la déchéance.

La pièce est servie par trois acteurs de talent : Aline MUGERIN (ANGELE), Chimène BONTE et Alain VERSPAN (JORUS), une musique originalme de Christan LAVISO et un décor de Georges ROVELAS

« La chose dévastée » sera jouée à Baie-Mahault (foyer culturel de Belcourt) le 24 novembre.

Qu’on se le dise !

Finances Publiques : Le Conseil Général sollicite du Gouvernement la révision à la hausse du niveau de compensation du RSA

Dans une correspondance datée du 4 octobre 2012, le Sénateur et Président du Conseil Général Jacques GILLOT a alerté le Premier Ministre Jean-Marc AYRAULT sur la situation préoccupante du Département de la Guadeloupe eu égard au caractère budgétairement insoutenable des dépenses liées au Revenu de Solidarité Active (RSA).

Rappelons que le nombre de bénéficiaires du RSA est passé, entre juillet 2011 et juillet 2012, de      38 024 à 41 864, soit une progression de 10%. En incluant les ayants-droit, la prestation concerne aujourd’hui plus de 87 000 Guadeloupéens contre 79 000 en 2011 (+ 8 000).

D’un point de vue financier, la dépense devrait culminer à près de 213M€ à la fin de l’exercice 2012 ce qui représente une augmentation de 14M€ par rapport à 2011.

Ainsi, face à ce poste sur lequel le Département n’a quasiment aucune maîtrise et qui menace l’équilibre même de son budget, l’insuffisance de la compensation perçue de l’Etat entraîne un reste à charge depuis 2004, qui s’élève à plus de 130M€ fin septembre 2012.

Par ailleurs, d’autres postes de dépenses tels l’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA), la Prestation de Compensation du Handicap (PCH) ou l’aide sociale à l’hébergement des personnes âgées dépendantes, connaissent des évolutions similaires.

Sans une aide exceptionnelle de l’Etat, le Département devrait sans aucun doute faire face à des difficultés budgétaires certaines.

Au regard de toutes ces contraintes, l’exécutif départemental a donc sollicité que le niveau de compensation du RSA, principalement du RSA socle, soit revu à la hausse pour tenir compte de l’ampleur de la dépense et du risque budgétaire qu’elle représente.

Jacques GILLOT a donc requis du Gouvernement une aide exceptionnelle de nature à permettre au Conseil Général de ne pas être confronté à des difficultés budgétaires insurmontables qui risqueraient de surcroît d’accroître la précarité des bénéficiaires du RSA.

Le Forum régional de l’apprentissage : Pour une mobilisation de tous les acteurs de la formation et de l’emploi des jeunes.

La Région Guadeloupe organise, le 25 septembre 2012, de 9h00 à 16h00, au CWTC de Jarry, le « Forum régional de l’apprentissage, cap vers l’emploi »

Dans un contexte économique difficile, ou l’emploi et la formation des jeunes de 18 à 25 ans demeurent un enjeu majeur pour les autorités compétentes, la Région Guadeloupe se mobilise avec l’ensemble des partenaires de la formation et de l’emploi en organisant le « Forum régional de l’Apprentissage, cap vers l’emploi ».

Par cet événement de rentrée, la collectivité régionale entend réaffirmer son engagement et sa forte implication en faveur de la formation et de l’apprentissage, comme moyen de création d’une meilleure adaptation de l’offre à la demande du marché du travail.

Organisé avec la participation des décideurs économiques, des centres de formation, de l’ensemble des CFA et de l’URMA, le « Forum régional de l’Apprentissage, cap vers l’emploi » se veut un espace de rencontres et d’échanges, mais également de concrétisation d’engagements et de conclusions de partenariats jeunes-entreprises.

C’est donc l’occasion offerte aux jeunes de venir découvrir les centres de formation, s’entretenir avec des recruteurs potentiels et se positionner sur des offres d’apprentissage ou de professionnalisation.

La manifestation mettra à la disposition du public :

• Un espace d’échanges avec les professionnels, les institutionnels et les entreprises ;

• Un espace de recrutement, d’information et d’administration des contrats.

Avec la mise en œuvre de cette journée, la Région Guadeloupe souhaite revaloriser l’image des contrats d’apprentissage et de professionnalisation en délivrant aux jeunes, mais également aux entreprises, l’information la plus complète sur les avantages de ces dispositifs, et renforcer ainsi leur attractivité.

Enfin, l’élargissement de l’offre de formation en adéquation avec les besoins des entreprises, l’ouverture de l’Université régionale des métiers et de l’artisanat (URMA), le financement d’une plate-forme d’emploi spécifique à l’alternance (PEDAG), représentent aujourd’hui, autant d’actions concrètes traduisant la volonté de la Région de faire de ce dispositif de formation, une voie d’excellence pour l’avenir.

Une nouvelle desserte pour l'hôtel de Région

 

Une nouvelle desserte de transport à destination de l’hôtel de Région est mise en service par la CFTU-MOZAIK.

Il s'agit de la  ligne 114 : Pointe Simon - Plateau Fofo /Hôtel de Région (Gare Pointe Simon -Stade Victor Géril).

Le public pourra désormais plus aisément se rendre et accéder aux différents services de la Région Martinique.

Josette BOREL-LINCERTIN élue Présidente De la Région GUADELOUPE.

Lors de la 1ère plénière extraordinaire du Conseil Régional qui a eu lieu le vendredi 3 aout 2012 à l’Hôtel de Région à Basse-Terre, c’est sans surprise que la 1ère Vice Présidente Josette BOREL-LINCERTIN a été élue Présidente du Conseil Régional, obtenant ainsi 33 voix sur les 38 suffrages exprimés.

Composition de la commission permanente.

Présidente : Josette BOREL-LINCERTIN

Vice-présidents :

1er vice président Jocelyn SAPOTILLE

2e vice présidente Justine BENIN

3e vice-président Christian BAPTISTE

4e vice-présidente Marie-Yveline PONCHATEAU-THÉOBALD

5e vice-président Alex FALEMÉ

6e vice-présidente Helene POLIFONTE-MOLIA

7e vice-président Harry DURIMEL

8e vice-présidente Fely KACY-BAMBUCK

9e vice-président Christian JEAN-CHARLES

10e vice-présidente Marie-Camille MOUNIEN

11e vice-président Jocelyn MIRRE

12e vice-présidente Roberte MÉRI

Membres

1-André ATALLAH

2-Maryse ETZOL

3-Hugues Philippe RAMDINI

4-Thérèse MARIANNE-PÉPIN

5-Victorin LUREL

6-Claudine BAJAZET

7-Richard NÉBOR

8-Marie-Claire BOYER-POZZOLI

9-Hilaire BRUDEY

10-Michelle MAXO

11-Louis GALANTINE

12-Blaise ALDO

13-Marie-Luce PENCHARD

14-David NÉBOR

15-Evita CHEVRY

16-Cédric CORNET

Le Conseil Général honore les meilleurs bacheliers.

 

La collectivité départementale, en concertation avec le Rectorat a récompensé les meilleurs bacheliers de l’ensemble des filières de l’académie de la Guadeloupe, tous établissements et toutes filières confondues. Ils ont été honorés le jeudi 12 juillet à la Résidence Départementale du GOSIER recevant ainsi le "Prix d’Excellence et le Prix du Président".

*Le ‟Prix de l’Excellence” se compose d’une bourse d’un montant de 3 960€ pour toute la durée des études, d’une tablette tactile et d’un billet d’avion aller/retour Pointe-à-Pitre / Paris (ou au lieu d’études) chaque année pour toute la durée des études (dont 10 offerts par Air France). Il est attribué aux lycéens dont la note obtenue au baccalauréat est égale ou supérieure à 18.

* Le ‟Prix du Président” consiste en une Bourse du même montant accordée chaque année pour toute la durée des études, une tablette tactile, ainsi qu’un billet d’avion Pointe-à-Pitre / Paris (ou au lieu d’études) pour la première année d’études et un billet retour en Guadeloupe à la fin des études. Il est décerné à tous les autres lauréats du classement final, en tenant compte de la note obtenue au baccalauréat et des moyennes obtenues en Première et Terminale.

 

Serge Letchimy Affaire Yvette Galot.

J’accueille avec satisfaction la décision du conseil d’état en faveur d’yvette Galot.
Je salue ici son  courage  et sa détermination face à l’acharnement méprisant des forces du mensonge qui ne reculent devant rien, jusqu'à s’attaquer sans raison à une femme, mère de famille, que l’on croyait sans défense.


La vérité finit toujours par triompher, et le droit a rétabli l’ordre des choses, comme le peuple lucide, reconnaitra l’exceptionnel travail accompli en peu de temps par les hommes et les femmes de progrès qu’il a lui même porté à la conduite de la destinée de la Martinique, parmi lesquels se trouve Yvette GALOT.

Serge Letchimy

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