De la Guadeloupe à Lisbonne

 Eyes and Soul, ambassadeur  d’un territoire en mouvement

« Where do you come from ? ». Telle était la question la plus entendue  au Portugal au cinéma Sao Jorge en cette fin du mois de Mars.

3 mois auparavant, en 48 heures à peine, 128 équipes avaient  imaginé, écrit, tourné et monté un film de 7 minutes. Parmi elles une équipe a surtout prouvé que la Guadeloupe regorge de talents capables de rivaliser sur la scène internationale.

Eyes and Soul, lauréate locale, en 2024 et 2025, de ce concours international de création audiovisuelle en temps limité a représenté fièrement notre territoire à Lisbonne, du 24 au 28 mars 2026.

Derrière ce nom, une aventure humaine et artistique portée par une réunion de femmes et d’hommes de notre archipel  dont la  figure forte est  Jepherson Guillaume, réalisateur trentenaire à la créativité débordante. Il a été accompagné au Portugal par Frantz Durizot, scénariste et enseignant/artiste polyvalent de 55 ans.

Deux générations, deux parcours, mais une même vision : raconter, transmettre et faire rayonner la Guadeloupe à travers l’image, le son et la musique de Celia Wa dans 2 courts métrages autofinancés: « Pawol a moun lach » et « Jeux d’enfants ».

Un concept né d’une idée simple devenue mondiale

Le concours auquel a participé Eyes and Soul – depuis sa version locale managée par Karibean Hive en 2022- s’inscrit dans une dynamique internationale initiée au début des années 2000 par Mark Ruppert, producteur et créateur du concept. Son idée : prouver que la créativité n’a pas besoin de moyens illimités ni de longs délais pour s’exprimer.

Ainsi est né le 48 Hour Film Project, aujourd’hui présent dans une centaine de villes à travers le monde. Chaque équipe participante reçoit les mêmes contraintes au départ — un thème, un personnage, un objet, une ligne de dialogue — et doit livrer un film complet en seulement 48 heures. Ce format unique est devenu une véritable référence mondiale, révélant chaque année de nouveaux talents et offrant à des créateurs de tous horizons une scène d’expression accessible et exigeante.

Créer en 48 heures : bien plus qu’un défi, une école de vie

Le principe du concours est simple en apparence : réaliser un court-métrage en seulement deux jours. Mais derrière cette contrainte se cache une véritable épreuve d’endurance artistique. Écriture sous pression, tournage accéléré, montage express… chaque minute compte. Et pourtant, c’est précisément dans cette urgence que naît l’essentiel : la créativité brute, l’instinct collectif, l’intelligence du groupe.

Participer à ce type de compétition Pour Frantz Durizot , c’est apprendre à décider vite, à s’adapter, à faire confiance. C’est aussi comprendre que la création n’est pas un luxe, mais une capacité profondément humaine, accessible à celles et ceux qui osent s’y engager.

Eyes and Soul : le reflet d’une Guadeloupe créative et audacieuse

Eyes and Soul n’est pas seulement une équipe. C’est une rencontre entre des sensibilités, une fusion entre expérience et énergie, une démonstration que le talent n’a pas d’âge. À travers leur travail, c’est toute une vision de la Guadeloupe qui s’exprime : une terre d’inspiration, de culture, de narration.

Jepherson Guillaume incarne une génération qui ose, qui expérimente, qui s’affranchit des codes. À ses côtés à Lisbonne, Frantz Durizot apporte son  regard plus mature et sa sensibilité de romancier et auteur de théâtre. Ensemble, ils prouvent que la création est un passage de relais, une construction collective.

Une victoire locale, une fierté collective

Le prix du meilleur scénario « Yes we Cannes » est un succès qui ne leur appartient pas uniquement. C’est celui de l’ensemble de l’équipe restée sur l’île pour représenter les œuvres au festival de films  guadeloupéen « Nouveaux Regards ». Il appartient aussi à toute une île. Car lorsque des artistes guadeloupéens se distinguent, c’est une partie de notre identité qui se fait entendre au-delà de nos frontières.

Cette victoire est un signal fort : oui, il est possible de créer ici et d’être reconnu ailleurs. Oui, notre territoire peut être un vivier de talents capables de s’imposer sur des scènes internationales exigeantes.

Lisbonne : un nouveau défi, une nouvelle dimension

À Lisbonne, Eyes and Soul n’est plus seulement une équipe de « filmmakers ». Elle devient ambassadrice. Face à des créateurs venus du monde entier, il faut convaincre, émouvoir, marquer les esprits avec « Pawol a moun lach » et « Jeux d’enfants ».

Mais au-delà de la compétition, c’est une opportunité unique : rencontrer, échanger, apprendre, s’inspirer. C’est aussi l’occasion de faire entendre une voix singulière, celle d’une Guadeloupe riche de son histoire, de sa diversité et de son imaginaire.

Créer ici pour rayonner partout

Le parcours de Eyes and Soul envoie un message clair à la jeunesse et aux créateurs du territoire : il n’est pas nécessaire de partir pour exister. Créer ici, c’est déjà affirmer une identité. C’est déjà participer au monde.

Chaque caméra qui s’allume, chaque histoire qui s’écrit, chaque projet qui naît est une pierre de plus à l’édifice culturel guadeloupéen. Et chaque réussite ouvre la voie à d’autres.

Une île avec eux

Soutenir ces initiatives, c’est croire en notre potentiel. C’est affirmer que la culture n’est pas périphérique, mais centrale. C’est dire, simplement mais fermement : nous sommes là, nous créons, et nous avons des choses à dire au monde.

 Affirmatif pour Frantz Durizot , l’industrie du cinéma  c’est un tremplin économique et culturel

« Where do you come from? ». A ses yeux, la réponse apportée par Eyes And Soul est simple « Guadeloupe! ». Et c’est à ce moment-là que tous les participants – producteurs, réalisateurs, scénaristes, acteurs – représentant le cinéma du monde entier peuvent désormais situer notre archipel sur la carte du monde.

« La Guadeloupe a du talent ». Espérons que maintenant ces mots seront suivis des investissements  et de l’exposition médiatique qui le méritent

Davwa, pawol an bouch pa chaj!

Oui, fabriquer une œuvre cinématographique coute cher mais les retombées économique et géopolitiques en valent la peine. A quoi cela sent-il d’avoir un système de formation en audiovisuel si nos talents sont ensuite contraints de s’exporter pour vivre et faire briller la culture des autres?

 Et Frantz de continuer. Et  si,  finalement, après le succès de « Zion », ces 48 heures étaient le début du rayonnement de notre culture aux yeux du monde?

Rendez-vous au Festival de Cannes 2026  où « Jeux d’enfants » de Eyes and Soul représentera fièrement, encore une fois, notre cher Péyi Gwadloup.

Facebook
Twitter
LinkedIn
WhatsApp

Derniers actualités

Retour en haut