Le cimetière, comme miroir de l’esclavage.

Jusqu’à peu l’archéologie de la période coloniale ne concernait que le bâti. Le sous-sol était peu exploré, la communauté des chercheurs considérait en quelque sorte que les nombreux textes suffisaient à éclairer cette période pas si lointaine. Il a fallu attendre les dégâts provoqués par quelques cyclones au milieu des années 1990 et la volonté des services archéologiques de Guadeloupe pour qu’une opération de fouille programmée soit mise en place sur un ensemble funéraire supposé d’esclaves. !
Rites et traditions funéraires .
À l’époque coloniale, les personnes réduites en esclavage n’avaient pas toujours de sépultures formelles ou repérées sur les cartes officielles.
La conque de lambi était traditionnellement utilisée pour annoncer les décès, convoquer les veillées mortuaires, et servait parfois d’ornement ou de structure pour marquer les tombes en bord de mer.
Des associations locales (comme Lanmou ba yo) et des équipes d’archéologues et d’anthropologues travaillent à exhumer, identifier et documenter dignement ces vestiges (illustré notamment par le documentaire Mémoires enfouies) pour ne pas laisser ces sépultures à l’état de fosses communes anonymes. L’historien Raymond Boutin a mis en exergue dans plusieurs ouvrages, la fonction sociale du cimetière en Guadeloupe.
Le Code Noir !
Le Code Noir consacre sept articles à préciser que le catholicisme est la religion unique et obligatoire pour tous les esclaves qui doivent donc être baptisés dans les meilleurs délais après leur arrivée dans les colonies.
Quant aux inhumations, les maîtres étaient tenus (art. 14) d’inhumer en terre sainte leurs esclaves baptisés dans les cimetières prévus à cet effet. Pour les autres, une simple inhumation dans un champ suffisait.
Les esclaves non baptisés étaient donc privés de cimetière, ce qui devait concerner une part importante de la population servile sous l’Ancien Régime.
Le deuxième point concerne les esclaves baptisés qui devaient être déposés en terre sainte, mais sûrement pas dans le même espace que les hommes libres. Donc, bien que baptisés, les esclaves étaient exclus de l’espace consacré.
Les cimetières d’époque coloniale !
Les données historiques sur les cimetières d’époque coloniale font mention pour les cimetières d’esclaves de petits ensembles implantés dans les habitations.
De cimetières urbains comme à Basse-Terre et à Pointe-à-Pitre, mais aucunement d’ensembles funéraires ayant pu regrouper les défunts de plusieurs plantations.
La découverte du site de Matouba, situé sur les pentes de la Soufrière, est exceptionnelle. Au début des années 2000, d’autres cimetières d’époque coloniale ont fait l’objet d’opérations d’archéologie préventive. Deux d’entre elles sont liées à des aménagements urbains dans la ville de Basse-Terre capitale
Il y a eu d’abord la fouille du cimetière de l’Hôpital de la Charité utilisé à partir de la fin du XVIIe et durant le XVIIIe siècle. Il a livré 109 individus en dépôt primaire pour une surface fouillée de 55 m². Aucun édifice religieux ne lui est directement associé.
Par la suite, l’exploration d’une petite partie du cimetière de la cathédrale a livré 61 sépultures pour une surface fouillée de 28 m². Il s’agit de tombes du cimetière paroissial du XVIIIe siècle du quartier Saint-François
Le cimetière de l’Anse Sainte-Marguerite.
Chez nous en Guadeloupe, le cimetière de l’Anse Sainte-Marguerite est l’un des plus grands cimetières d’esclaves fouillés par les archéologues.
Plus de 150 corps d’hommes, de femmes et d’enfants ont été exhumés à travers trois campagnes de fouilles. Ce cimetière d’esclaves date de la période du XVIII-XIXe siècle.
Le site de l’Anse Sainte-Marguerite : C’est l’un des cimetières d’esclaves les plus documentés des Antilles. Il est intégré à la Route de l’esclave – Trace-mémoires gérée par le Conseil départemental.
Les analyses anthropologiques sur les squelettes révèlent les lourdes séquences de violences physiques, d’usure corporelle due aux travaux forcés et de maladies comme la tuberculose.
Sa situation géographique éloignée d’un lieu de culte, dans un espace rural principalement voué à la culture de la canne à sucre le désignait a priori comme un ensemble funéraire destiné à recevoir une population servile
Le cimetière d’esclaves de l’Anse marguerite fait partie de la “Route de L’esclave-Trace-mémoires en Guadeloupe”, mis en place par le Conseil Départemental de la Guadeloupe.
Les différents sondages réalisés ont montré que le cimetière initial s’étendait sur une longueur de 200 m et devait initialement regrouper plusieurs centaines de défunts, probablement près d’un millier, ce qui s’accorde mal avec les défunts d’une seule plantation. Notons qu’ à la fin du XVIIIe siècle, la commune voisine de Petit-Canal, 88 % de la population était servile.
DURIZOT JOCELYN (Président de l’Union des Journalistes et Médias de la Guadeloupe –UJMG- –Source – Archives et Société d’Histoire de la Guadeloupe)
















