
A la veille du 1er tour des élections organisé le 15 mars pour le renouvellement des conseils municipaux et des conseils communautaires des intercommunalités, il n’est pas inutile de s’interroger sur la désaffection progressive de la population appelée aux urnes pour ces élections de proximité, considérées longtemps pourtant comme celles qui mobilisent le plus l’électorat, que révèle l’abstention.
Cette désaffection se manifeste, à des degrés divers, sur l’ensemble du territoire national et a atteint en mars 2020 un record qui s’explique en partie certes, mais en partie seulement, par un élément circonstanciel : le début de la pandémie de coronavirus. Sur l’ensemble du territoire national, au 1er tour des élections, moins d’un électeur sur deux a voté, l’abstention s’est élevée à 55,34 % ! Cette moyenne nationale, comme toutes les moyennes, masque bien entendu des réalités très contrastées. Dans les DROM, à l’exception de la Martinique où elle a atteint 60,88%, l’abstention a été inférieure au taux national (53,52% en Guadeloupe ; 53,31% en Guyane) ; plus d’un électeur sur deux a accompli son devoir civique à la Réunion, plus de deux sur trois à Mayotte. Dans l’Hexagone, le taux d’abstention varie du simple au double (32,10% en Lozère, 65,16% en Seine-Saint-Denis) ; il dépasse 60% dans 7 départements (Seine-Saint Denis, Haut-Rhin, Alpes-Maritimes, Val d’Oise, Val de Marne, Loire et Rhône. De telles variations semblent accréditer l’idée que la pandémie n’est pas la seule explication à la progression de l’abstention.
Sur l’ensemble du territoire national, depuis l’avènement de la 5éme République, de 1959 à 2014, il y a eu 10 élections municipales. Au 1er tour de ces élections, l’abstention a varié de 21,1% en 1977 à 36,5% en 2014. Entre 1959 et 1989, elle s’est toujours située en-dessous de 30% (son maximum a été de 27,2% en 1989). Le seuil de 30% a été atteint et même légèrement dépassé pour la 1ère fois aux élections de 1995. Depuis lors, l’abstention a progressé à chaque élection : 30, 6% en 1995, 32,6% en 2001, 33,5% en 2008, 36,5% en 2014 et, dans des circonstances particulières déjà évoquées, 55,34% en 2020.
Si la pandémie de coronavirus a dissuadé en mars 2020 une partie des électeurs, par crainte d’une contamination malgré les mesures prises pour prévenir ce risque, de se rendre aux urnes, on devrait logiquement retrouver au 1er tour des très prochaines élections, un taux de participation de l’ordre de celui de 2014. On le saura bientôt.
Le suffrage universel direct est une conquête relativement récente puisque si les hommes l’ont depuis la seconde République, les femmes ne l’ont obtenu qu’en 1944. La loi du 5 juillet 1974 qui, sous la présidence de Valérie Giscard d’Estaing, a fixé la majorité à 18 ans, a mécaniquement élargi le corps électoral. Difficile de savoir dans quelle mesure les jeunes électeurs y sont pour quelque chose mais c’est au 1er tour des élections municipales de 1977, les 1ères qui ont eu lieu après la réforme de1974, que le taux d’abstention a été le plus bas de toute la 5ème République. Cet engouement éventuel a malheureusement fait long feu… Le lien entre droit de vote et devoir civique, comme plus généralement le lien entre droits et devoirs semble de plus en plus ténu du moins chez les tranches de population en dessous de 60 ans.
Les aspirations démocratiques n’ont pas pour autant diminué mais elles prennent de nouvelles formes, plus spontanées, plus directes et surtout moins respectueuses des lois de la République qui, votées par les représentants de la Nation (l’Assemblée Nationale) et des Territoires (le Sénat) constituent le socle de la Démocratie représentative qui est la nôtre . Qu’on le veuille ou non, à l’avènement de l’Intelligence Artificielle, à l’heure d’internet (j’allais écrire à l’âge d’internet comme il y a eu l’âge du fer et l’âge du bronze) et des réseaux sociaux, la conception de la Démocratie ne peut pas s’en abstraire, il est irréaliste de penser qu’elle n’en sera pas affectée ; elle sera forcée d’évoluer et tendra à prendre les formes d’une Démocratie directe Evolution en bien ou en mal, c’est une question de point de vue…
Aux urnes, citoyens et citoyennes !













