
Gérard Lafleur
Docteur en Histoire.
Lorsque l’actuel président des Etats-Unis d’Amérique prétend acheter le Groenland avec les habitants et contre leur volonté, il est dans le droit fil de certains de ses prédécesseurs.
Les journalistes rappellent l’achat de l’Alaska à la Russie. Les États-Unis proposèrent au Mexique de leur acheter une partie de leur territoire. Le refus causa une guerre à l’issue de laquelle, le pays a été spolié d’une grande partie de son espace .
On a oublié que la Guadeloupe fut concernée dans ce genre de transactions dans deux cas.
– On rappelle que la Louisiane a été vendue pour une somme considérée comme modique de 15 milliards de dollars . On ne se souvient pas que de la somme totale, on avait déduit les indemnités dues pour le remboursement des bateaux américains et de leurs cargaisons. Ces derniers avaient été capturés et vendus par les corsaires de Victor Hugues lors de la période révolutionnaire.
– Une autre fois, en 1917, les États-Unis proposèrent de prendre possession des Antilles françaises en compensation des dettes que la France avait contractées pour la poursuite de la guerre. Cela fut refusé et les États-Unis se retournèrent (déjà) vers le Danemark et acquirent Saint-Thomas, Sainte-Croix et Saint-John qui devinrent les Îles Vierges américaines.
Cela se passait au XIXe et au début du XXe siècles et on a du mal à imaginer que ces pratiques puissent ressurgir en 2026.
On aurait pu penser qu’elles étaient d’un temps révolu où la force primait sur tout le reste. Les Lumières et le « doux commerce » entre les peuples, devaient, croyait-on avec Montesquieu, éviter la force brutale des Etats puissants pour résoudre les conflits territoriaux.
L’histoire de notre zone géographique est une illustration de ces affrontements dans lesquels un Etat fort sur le moment, impose da loi aux autres.
Au XVIe siècle, l’Espagne s’imposa aux Amérindiens de l’Amérique centrale et du Sud, et absorba le Portugal qui ne put s’opposer à l’installation des Provinces-Unies dans le Nordeste du Brésil. Jusqu’aux années 1630, elle put tenir à l’écart les royaumes français et anglais.
Ces derniers, surtout la France, s’imposèrent face à un empire espagnol en retrait.
Le partage d’Hispaniola ou Saint-Domingue montre cet équilibre dans la deuxième moitié du XVIIe siècle. C’est la même configuration avec les Pays-Bas dans les années 1640 pour le partage de Saint-Martin.
Avec les Anglais, en 1626, lors du partage de Saint-Christophe l’avantage était plutôt du côté de la France qui imposa sa loi aux Kalinagos en 1660.
Après 1687, la Grande-Bretagne ayant résolu ses problèmes religieux, elle investit dans la marine et prit l’ascendant sur les autres puissances coloniales, les repoussant au fil des conflits jusqu’à la Guerre de Sept Ans (1756 -1763) pendant laquelle, la France perdit toutes ses colonies.
Tous les écoliers de France et de Navarre, ont appris que Louis XV qui aurait eu à choisir entre le Canada et les Antilles, aurait choisi les îles à sucre, le Québec n’étant pour lui que « quelques arpents de neige »
Le sucre, le pétrole de l’époque paraissait plus important qu’un vaste territoire.
En 2026, on se rend compte que certains qui ont malheureusement un grand pouvoir, ne semblent pas sensibles aux considérations humaines et réagissent comme leurs prédécesseurs de l’Ancien Régime.
Seuls l’éducation, la culture, la connaissance de l’autre peut lutter contre les instincts primaires. Cette culture est pour certain, un vernis qui disparaît à la première occasion s’ils l’ont eu un jour, ce qui est loin d’être sûr. .
NDLR(l’histoire repasse t- elle les mêmes plats) ?
Propos recueillis par DURIZOT JOCELYN














