Résilience

L’appel du 18 juin, un cri qui résonne encore.

Quoi qu’il advienne, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre. Et elle ne s’éteindra pas.

Churchill voyait en de Gaulle « l’homme du destin ». De Gaulle, lui, avait déjà pris sa décision : si la France tombait, il continuerait le combat depuis l’Angleterre.

Moi, général de Gaulle, actuellement à Londres, j’invite les officiers et soldats français qui se trouvent sur le sol britannique — ou qui y viendraient, avec ou sans leurs armes —, j’invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d’armement qui y sont ou y seront, à prendre contact avec moi.

Le patriotisme du général de Gaulle, son amour de la patrie, n’a rien à voir avec le nationalisme des populistes du Rassemblement national, qui se nourrit de la haine de l’autre. Les commémorations de l’appel du 18 juin 1940 prennent tout leur sens aujourd’hui, alors que le civisme s’étiole, que l’unité nationale se fissure sous les coups du racisme et des exclusions, qu’on refuse la diversité. Autant d’entorses aux valeurs humanistes, autant de coups portés au vivre-ensemble.

À l’heure où les États-Unis de Trump imposent leur loi, y compris à leurs partenaires de l’OTAN, saluons la vision d’un leader qui a toujours placé l’indépendance de son pays au-dessus de tout. Pour la préserver de la barbarie, il a doté la France du feu nucléaire.

En ces temps de débandade collective, où les valeurs vacillent, il devient urgent de réconcilier l’histoire et la mémoire. Et même brièvement, de rappeler ici la portée historique de cet appel du 18 juin.

Extrait du texte de l’appel

La défaite est-elle définitive ? Non ! Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause, et vous dis que rien n’est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent un jour apporter la victoire. Car la France n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. Cette guerre ne se limite pas au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n’est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas.

Éboué, résistant de la première heure !Disons-le à ceux qui se revendiquent de souche, souvent planqués et collabos dès les premières heures de la guerre, faisant l’apologie de la pureté raciale. À ceux et celles qui discriminent et excluent sur la peau, la religion ou les origines, rappelons l’engagement et les sacrifices des vrais résistants de l’Hexagone. Et surtout de ceux des Outre-mer, venus comme

mon père, comme le vôtre, combattre la barbarie nazie durant cette Seconde Guerre mondiale.

On ne le dira jamais assez fort : la France doit beaucoup à Adolphe Sylvestre Félix Éboué. Cet administrateur colonial, résistant de la première heure, fut gouverneur de la Guadeloupe de 1936 à 1938, puis gouverneur général de l’Afrique Équatoriale Française. Condamné à mort par Vichy pour avoir répondu à l’Appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle, Félix Éboué repose au Panthéon depuis 1949.

Charles de Gaulle et le gouverneur général Félix Éboué au Tchad, en octobre 1940. C’est Éboué qui fit construire les routes qui permirent, en janvier 1943, à la colonne Leclerc de remonter rapidement à travers le Tibesti vers l’Afrique du Nord.

Général, nous (re)voilà !

Pendant la Première Guerre mondiale, sur les 8 700 Guadeloupéens partis au front, 1 470 ne revinrent jamais. Lors de la Seconde Guerre mondiale, le sacrifice fut tout aussi lourd. Soyons fiers de nos pères qui, comme Fanon encore si jeune, voulaient simplement entrer « Blo, blo, blo, an kyou a Hitler ».

À l’heure où la jeunesse s’égare, nous ne saurions terminer sans rendre un hommage mérité à notre compatriote Tony Bloncourt, ce jeune Guadeloupéen. Tony, encore étudiant, fut fusillé au Mont-Valérien à Paris à l’âge de 21 ans. Arrêté en janvier 1942, il fut l’un des premiers à prendre les armes contre l’occupant nazi. Il était le petit-neveu du Guadeloupéen Melvil-Bloncourt, député communard. Tony écrivit une lettre bouleversante à ses parents, quelques heures avant son exécution, qui fut précédée d’un simulacre de procès au Palais-Bourbon.

Extraits :

« Maman, papa chéris,

Paris — Prison de la Santé — 9 mars 1942

Vous saurez la terrible nouvelle déjà, quand vous recevrez ma lettre. Je meurs avec courage. Je ne tremble pas devant la mort. Ce que j’ai fait, je ne le regrette pas si cela a pu servir mon pays et la liberté ! Je regrette profondément de quitter la vie car je me sentais capable d’être utile. Toute ma volonté a été tendue pour assurer un monde meilleur J’ai compris que la liberté de vivre ce que l’on pense n’est qu’un mot, et j’ai voulu que ça change. J’ai la certitude que le monde de demain sera meilleur, plus juste, que les humbles et les petits auront le droit de vivre plus dignement, plus humainement.

Je pleure ma jeunesse, je ne pleure pas mes actes. Je regrette aussi mes chères études, j’aurais voulu consacrer ma vie à la science.

Votre petit Toto. »

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