
Mes salutations novembrales, chères lectrices et chers lecteurs
Entre douceur tropicale, feuilles mortes et souvenirs des disparus, novembre a le chic pour mêler la mélancolie à la joie. Un mois de transition avec une atmosphère particulière, « Novembrale » un drôle de mot, qui existe bel et bien, pour ce mois singulier, nous invitant à ralentir.
Novembre est resté le neuvième mois de l’année. Ils sont fous ses romains comme dirait notre mangeur de sanglier, Obélix. Les néologues grégoriens, en changeant le calendrier lunaire pour un calendrier solaire, ont conservé l’idée que l’année commençait en mars. Où voulaient-ils ainsi préserver le souvenir de Jules César ? À moins qu’ils ne se soient dit que, passé octobre, en occident les gens seraient trop occupés à grelotter pour se poser des questions ! De surplus peu de gens savaient lire à l’époque.
Quoi qu’il en soit, novembre a pour moi une raison toute personnelle d’être un mois joyeux. C’est celui de ma naissance. Je reconnais volontiers que cette circonstance n’a pas bouleversé l’histoire du calendrier, mais elle suffit à réchauffer mon regard sur ce mois que tant de gens associent aux jours gris et aux pensées sombres.
En Guadeloupe, c’est la saison d’hivernage, nous sommes toujours en saison cyclonique. La présence del Niño 2026 dans le pacifique semble avoir calmé la rage de l’élément air. En l’occurrence, l’élément feu a pris le relais, il fait drôlement chaud pour la saison. Chaque fois que l’effort me fait transpirer, je me dis que je préfère cette chaleur inhabituelle à la mélancolie d’un ciel gris hors de mon île natale.
Chères lectrices, chers lecteurs c’est mon mois alors je me lâche.
Novembre, mon île et moi
Novembre est là, mon mois de naissance
Avec son air doux et sa lumière immense
Sur l’île où j’ai vu le jour, le soleil sourit
Et la mer chante encore au bord de ma vie
Les nuits se font plus fraîches, mais gardent leur douceur
Le vent pose à nos portes une paisible fraîcheur
Le jour baigne les routes d’un soleil généreux
merci, merci, ciel merveilleux !
Ici, la nature ne baisse jamais le rideau
Elle danse sous les cocotiers, se mire dans les eaux.
La saison se transforme, mais rien ne semble fini
L’île garde son éclat, son souffle, ses envies.
Là-bas, en Europe, le ciel se fait plus gris,
Les feuilles quittent les branches, l’hiver prend son habit.
Les manteaux ressortent, les parapluies aussi
Le soleil est en congé, sortez vos gris-gris.
Pas de panique, novembre a ses couleurs, ses saveurs
Du Grozey péyi ensoleille nos papilles et nos cœurs
La nature, prévoyante, nous offre ses agrumes
Petites lunes dorées au parfum qui s’allume
La vitamine C n’est pas la clé de tout
Mais elle donne du pep et de l’éclat partout !
Novembre, c’est ma fête
On danse, on rit, on lit, la joie est complète !
Quittons la rime pour de l’anaphore
Aujourd’hui, dans les pays riches les fruits et les légumes voyagent d’un continent à l’autre et garnissent les marchés bien au-delà de leur saison locale.
Aujourd’hui, l’abondance est devenue familière, parfois même au point de nous faire oublier le chemin parcouru par ces aliments. Ce qui rends la vie bien chère.
Autrefois, les saisons imposaient davantage leur rythme. Avant l’industrialisation, avant l’électricité et les moyens modernes de conservation, l’hiver, l’hivernage, signifiaient une véritable pause.
Autrefois, La nature ralentissait, et les humains faisaient de même.
Autrefois, au-delà de notre horizon le froid était rude, les ressources étaient incertaines, ce qui représentait pour les plus fragiles, une épreuve bien réelle.
Autrefois, la mort à cette période sortait sa faux pour un sarclage terrifiant.
Autrefois, les peuples celtes célébraient Samain, une fête marquant la fin de l’été et le passage vers la saison sombre. Elle était associée aux rassemblements, aux festins et à une frontière symbolique entre le monde des vivants et celui des morts.
Autrefois, la séparation n’y était pas nécessairement synonyme de peur, elle faisait partie du cycle naturel, comme le départ des feuilles ou le retour prochain de la lumière. Les récits et les traditions celtiques accordaient une place importante aux lieux de passage tel que les sources, les rivières, les lacs, mais aussi les pierres dressées et les monuments anciens. L’eau et la pierre devenaient des seuils imaginaires entre les mondes.
Autrefois, les oiseaux, notamment les cygnes, occupaient eux aussi une place particulière dans ces récits. Il y avait là tout un univers de symboles, de métamorphoses et de légendes, qui témoignait d’un rapport profond à la nature.
Aujourd’hui, cette tradition a évolué quand les Irlandais ont mis pieds en Amérique. Au revoir Samain et vive Haloween et les lobbies de sucreries et de déguisement
Aujourd’hui, au début du mois, la Toussaint et le jour des morts se succèdent, souvent confondus à force d’habitudes. Pourtant, ils ne désignent pas la même célébration. La Toussaint, le 1er novembre, est consacrée à tous les saints, connus ou anonymes.
Aujourd’hui, dans la tradition chrétienne, elle est une fête d’espérance et de joie, plutôt qu’un jour de deuil.
Aujourd’hui, le lendemain, le 2 novembre, est dédié à la prière pour les défunts. Au fil des siècles, ces traditions se sont entremêlées.
Autrefois, la Toussaint fut célébrée à différentes dates avant que le 1er novembre ne s’impose dans l’Église occidentale.
Autrefois, au Moyen Âge, l’abbé Odilon de Cluny contribua à répandre la commémoration des morts le 2 novembre.
Peu à peu, la journée devint un moment où les familles se rendaient au cimetière pour fleurir les tombes et se recueillir.
Aujourd’hui, en France, la Toussaint étant fériée, beaucoup profitent de ce jour pour rendre visite à leurs proches disparus.
Peu à peu, voilà comment, dans les esprits, la fête des saints et le souvenir des morts ont fini par se côtoyer de très près.
Aujourd’hui, les lobbies des fleuristes sont à leurs apogée. En Guadeloupe, les tombes sont astiquées, balayées, les chalets du dernier repos sont illuminés. Les rencontres familiales permettent une convivialité autour de parents disparus.
Aujourd’hui, les chrysanthèmes, associés aux cimetières, ont eux aussi leur histoire.
Quittons l’anaphore pour de la prose.
Le 11 novembre nous rappelle ce dont l’être humain est capable. Jour anniversaire de l’armistice qui mit fin à la Première Guerre mondiale, il évoque aussi les ravages des deux guerres mondiales. Pauvre novembre, en 2026 la détresse se joue dans les rues de l’hexagone en déclin, entrainant la Guadeloupe où la vie au quotidien pour beaucoup de famille rime avec « Vivre comme à Monaco avec un salaire de Bamako : Réplique entendu dans las pâlé ». Quand apprendrons-nous les leçons de l’Histoire ? Peut-être qu’un mois de novembre, mois d’introspection nous apportera la réponse. Qui vivra verra !
En attendant, vivons pleinement ce beau mois de novembre « tambou kay woulé, grozey péyi kay désoxydé ! » Devenir saint n’est pas donné à tout le monde, mas être sain d’esprit et de corps, cela peut se faire.















